Étiquette : nuit

  • Un nouvel objectif

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    Un nouvel objectif : publier moins, écrire plus. Écrire plus long, peut-être, et laisser les textes reposer. Deux mois, et à la relecture, les scories sautent aux yeux. Deux mois encore, et c’est une réécriture rageuse : ratures, déplacements, pages arrachées. Donner du temps au temps, quand on a l’impression soi-même d’en avoir si peu, n’est pas la moindre des gageures. Mais ce temps-là est précieux, on le découvre en avançant. Et puis, et puis, ne pas faire lire avant la complétion, même à celle qui est proche : conseil fort avisé glané chez Stephen King.

    Un nouvel objectif : se tenir éloigné du monde, pour se retrouver soi. Publier moins, aussi, sur les réseaux sociaux : sollicitations insensées, le pro se mêle trop au privé pour que ça ne nécessite pas de se protéger un peu.

    Un nouvel objectif : Un Carl Zeiss Planar T* 1.4 50 mm, acheté une poignée de figues dans un vide-grenier, le Carl Zeiss avec quelques autres optiques, montées sur un appareil Yashica FR, vendus en lot tout ça, qui appartenait au grand-père dit le vendeur, remisés dans un coin depuis quarante ans. Fixé sur mon SONY, c’est une merveille, parce que cela oblige à recourir aux réglages manuels, et c’est un jeu nouveau, la mise en pratique de théories patiemment apprises qui reviennent tout à coup.

    Un nouvel objectif, voilà : se faire plaisir. Écrire, photographier, avancer à tâtons, mais avancer pour soi.


    Photo : l’un de mes chats, victime plus ou moins consentante de mes nouvelles expériences photographiques

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  • La nuit mosaïque

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    Photo : un soir, devant le restaurant « la Boissonnerie » — 69, rue de Seine, Paris, septembre 2016.

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  • La nuit cardinale

    Je me rappelais la nuit. J’avais fait un pacte. Ce ne serait pas moi, qu’on retrouverait tout à la fin, le visage blême, la bouche pleine de colère. J’attendais la longue nuit, j’attendais l’hiver des insomnies, la grâce des heures sans sommeil, quand passe la douleur des yeux rougis, meurtris de ne plus se fermer, quand le dérèglement méthodique du corps ouvre des portes invisibles. Arriva l’heure de la vision claire derrière la vision trouble ; quelqu’un se récriait, mais c’était la vérité, si longtemps poursuivie, enfin, qui s’imposait.
    Côte à côte, je vis un gamin et un vieil écrivain. L’enfant avait du style. L’écrivain était un homme sympathique. La vie elle-même est une fiction, me dis-je. Une histoire triste qui n’a rien à voir avec moi.
    La pluie grattait le sable. J’avais beaucoup dormi et trop peu rêvé, mais je m’étais éloigné du rivage. Je flottais, immobile, entre le ciel et l’eau dans l’attente du naufrage. Je me souvins de mon adolescence. Vers ce temps-là, je préparai l’avenir dans un faux bruit d’euphorie qui n’était qu’une fuite en avant. Ensuite vinrent les regrets amers, mais il était trop tard. J’avais planté avec désinvolture tout au long de ma vie et la récolte, aussi maigre fût-elle, arrivait à maturité. Ma mémoire fautive était mon pays d’autrefois. Mes mots coupés, je les liais en gerbes, les entassaient en meules, et ils formèrent des livres ; pauvres livres imparfaits qui sont les pierres chaudes de ma maison où passent encore, à travers les bardeaux, les étoiles qui m’émeuvent et la pluie qui vient mouiller mes rêves. J’ai des histoires en moi qui sont autant de mensonges, à l’heure où les protagonistes ont rejoint l’autre rive.
    Me voici à l’entrée du temple et j’hésite entre le vestibule et l’autel, le souffle un peu court et les mains tendues vers le soleil, mes mains tachées de sang qui firent éclore des guerres et des œufs de vipères, mais j’ai l’oreille sourde aux pêchés, mon corps tout entier jamais vraiment présent au monde, marqué depuis l’enfance du sceau de l’infamie. La malédiction me poursuit, ayant trop tôt perçu l’infini dans les livres.

    Je vais sans sommeil ni contraintes, et sans certitude de me libérer des entraves. Au-delà de mes jours, la beauté étreindra la tristesse et mes récits alors seront comme des bouquets de roses, les dernières notes d’une musique sauvage portant l’ivresse lancinante d’un feu jamais éteint. L’amour est une fleur nue, une veine bleue, comme un nouveau printemps. Ainsi, j’affermis mes paroles à mesure que je marche, fidèle à des fantômes qui me regardent faire, sans un geste pour me délivrer de la nuit. Seulement, la nuit est belle, pour qui la reconnait.

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  • La jeune femme et le pirate qui lisait par dessus son épaule

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    On presse le bouton presque par hasard et le miracle se produit. (Sergio Larrain, 1960)


    Photo : Montpellier, mars 2016

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