Étiquette : littérature

  • Fragments du dedans, François Bon (éd. Grasset)

    9782246806905-X_0Les livres sont faits de mots, les mots des 26 lettres qui font tout notre alphabet.
    Vingt-six, c’est le titre d’une toute nouvelle collection des éditions Grasset, qui propose à des écrivains contemporains d’écrire un abécédaire intime et personnel, avec pour seule contrainte l’ordre alphabétique des entrées.
    Après François Bégaudeau et Yves Michaud, c’est à François Bon de se frotter à l’exercice.
    Avec ces Fragments du dedans, Bon aborde des thèmes qui lui sont chers, et brosse de lui-même un portrait sincère, intime et sans fard. Comme pour Autobiographie des objets (au Seuil en 2012), le livre s’est d’abord écrit en ligne, sur tierslivre.net, son laboratoire d’écriture depuis 1997.
    Certaines entrées se résument à quelques lignes, d’autres occupent plusieurs pages, toutes sont d’égale importance : c’est la littérature toujours qui jaillit, sous la frappe rageuse de l’écrivain sur son clavier. « Le beau tremble » écrit-il, « ou bien parce que tu projettes sur lui le tremblement qu’il induit ? »

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  • Aude Seigne – Chroniques de l’Occident nomade (éditions Zoé)

    « Il y a beaucoup de narcissisme dans la narration qu’on fait d’une péripétie, mais on omet souvent qu’il y a aussi une absolue nécessité. Entre la Grèce de mes quinze ans et la Syrie de mes vingt-trois, je partais chaque année deux ou trois mois. Nomade, en fait. Puis ça a été le presque burn out. Trop de pays, trop de mouvement, trop de bonheur, de beautés incomprises, d’absences douloureuses, de peur, de rencontre et de séparations. Car la vie continuait pendant mes périodes d’errance, si j’étais à Helsinki, c’était quand même le 1er août que célébraient, en Suisse, amis et famille, si j’étais dans l’Ontario, cela n’empêchait pas ma famille de déménager. En un mois de dénuement presque périlleux au Burkina Faso, trois nouveaux magasins avaient vu le jour dans les rues basses de Genève. J’étais donc aussi nomade, aussi désorientée au retour qu’au départ. Je ne comprenais pas ce que j’avais quitté — l’appréhension du monde s’effectuant toujours pour moi de manière poétique d’abord, intellectuelle ensuite — et je ne comprenais pas ce que je retrouvais non plus. »

    seigneChroniques de l’Occident nomade n’est pas le récit d’un voyage. Il est une réflexion sincère, sans fard — parfois même impudique —, sur notre place dans le monde, sur l’impossibilité d’être quelque part chez soi. Il est le portrait d’une jeune femme née en 1985, brossé à travers une série d’instantanés pris à différents endroits et en différents temps. Il est peut-être le portrait de sa génération.
    Chroniques de l’Occident nomade est un livre qui parle de voyages, qui parle d’amour et d’errance. Il parle de chambres d’hôtel, de longs trajets à pieds, de longs trajets en voiture, il parle de rues désertes et de belles rencontres, il parle d’attente et d’éblouissement, il parle de Rimbaud, Dostoïevski et Bouvier.
    Porté par une très belle écriture, ce petit texte de 140 pages est surtout un très grand livre. Il a reçu en 2011 le prix Nicolas Bouvier au Festival Étonnants Voyageurs à Saint Malo.