Étiquette : journal

  • Viva Las Vegas


    Las Vegas, 9 août 2018. Soleil de plomb. À midi, il n’y a plus personne dans les rues. Arrive cet homme. Le feu passe au rouge. Je porte l’appareil à mon oeil. Clic-clac. Une seule photo. Parfois, les choses se mettent en place sans effort. Viva Las Vegas !

  • En 2019, avaler le monde

    Extraits de mon journal, semaine 49 de 2018 :

    Alors que je suis à la peine, assis devant l’écran blanc de mon ordinateur, je suis fasciné par la puissance de feu de Simenon. En 1953, 6 livres. Et tout sans boursouflure, c’est fluide et c’est beau. Crouzet parle de Joyce Carol Oates dans sa dernière lettre de Floride. Je suis fasciné par ces auteurs avec une telle puissance de feu. Sans doute que l’écriture est une fuite en avant. Écrire sans se retourner, la politique de la terre brûlée, ou plutôt, de la page noircie. Avaler le monde. « La fluidité est suspicieuse. » écrit encore Crouzet, peut-être, mais quand c’est sous la plume de Simenon, je pense qu’il n’y a plus d’artifice, juste du savoir-faire. Du grand art.

    (…) J’attends un nouvel objectif pour mon appareil photo. Rien de mirobolant, un 35mm f2/8. Compact. Bon marché, de bonne facture, à en croire les différents tests. Discret, fait pour se fondre dans la foule. Rien qui attire l’oeil, idéal pour moi. Transporteur bloqué depuis deux jours. J’attends sans impatience. La photo est de toute façon l’école de la patience. Un satori.
    Deux ans que j’attends, pourrais-je dire : je tourne depuis longtemps autour d’un 35mm, réflexion longuement mûrie.

    Le 35mm a fini par arriver un peu avant Noël. Il semble tenir toutes ses promesses. Les pages virtuelles du traitement de texte se remplissent peu à peu. Les idées fusent, les projets s’accumulent, qu’il faudra bien trier et prioriser. Pour l’heure, le simple plaisir du reset lié au calendrier.

    Objectifs pour 2019 : Avaler le monde. Écrire sans artifice.
    Bonne année à tous !


    Photo : Montpellier, un peu avant 8h, le 21 décembre 2018.

  • Faites-vous votre propre Bible

    Make your own Bible. Select and collect all those words and sentences that in all your reading have been to you like blasts of a trumpet out of Shakespeare, Seneca, Moses, John and Paul.
    – Ralph Waldo Emerson

    Toujours cette idée du commonplace book qui me trotte dans la tête. Faites-vous votre propre Bible, écrit Emerson dans son journal, en juillet 1836. Compilez pour vous-même les phrases qui, dans vos lectures, sonnent comme des fanfares, qu’elles soient tirées de Shakespeare, de Sénèque, de Moïse, ou de Jean et Paul (oui, les apôtres, et non pas John et Paul des Beatles, quoique dans mon cas…).
    Un projet de livre autour de la photographie vient régulièrement me titiller, pour lequel je prends des notes depuis de longs mois. Un livre monstre, dont je commence à peine à cerner les contours, mais dont je n’ai pas encore idée de la forme. Quelque chose qui ressemblerait au S,M,L,XL de Rem Koolhaas et Bruce Mau. À la manière du Zibaldone de Leopardi, un commonplace book, un livre entièrement construit de miscellanées, de réflexions, de citations, de notes, de schémas. Un livre construit comme un morceau de hip-hop, à base de sampling (à propos de sampling en littérature, je vous renvoie sur le passionnant essai d’Emmanuel Delaplanche sur Louis-René des Forêts, Empreintes, paru récemment chez publie.net).
    Enfin, tout cela vient déranger le cadre établi du roman en cours d’écriture, et je vis avec l’impression que rien n’avance (mais pourtant si, tout avance, simplement, c’est le temps long de la maturation et de l’écriture qui se confronte au quotidien).

    Envie de retourner à Londres ces jours-ci, de revoir New York, de visiter Berlin. Lisbonne aussi. Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme. « Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? »
    Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: « N’importe où! n’importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde! »

    New York, en attendant, en voici deux photographies récentes. Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route.


    Photos : New York, août 2018
    Deux citations se cachent dans l’article, saurez-vous les retrouver ? 🙂

  • Ma vie d’auteur

    « Construire une ville avec des mots », tel était le leitmotiv de l’atelier d’écriture proposé par François Bon tout l’été. Ces derniers jours j’ai pu me perdre et dériver dans la ville ainsi construite, en rédigeant le texte répondant à l’ultime proposition de François. Quel voyage ! Un voyage qui aussi vient nourrir un projet sur lequel je travaille depuis de longs mois, qui trouve là matière à avancer dans de nouvelles directions.
    L’atelier devrait déboucher prochainement sur un livre collectif. C’est là toute la beauté de cette aventure : chacun des participants a créé sa ville, et si nous lisions à mesure que nous avancions les textes des uns et des autres, piochant un peu au hasard, il n’était pas vraiment possible de tout lire (140 contributeurs, je crois !). Les textes en réponse à la dernière proposition ne seront pas mis en ligne, mais formeront le livre imprimé à venir prochainement : ainsi, les villes se fondront en une ville-monde, les récits se feront échos les uns aux autres. Une belle promesse, et une extraordinaire aventure pour tous ceux qui s’y sont risqués !

    Dimanche dernier, j’étais en dédicace sur un salon. Le genre de trucs que je connais bien du point de vue du libraire, mais qui reste une nouveauté pour moi en tant qu’auteur, et ce fut somme toute très agréable. De belles rencontres, de beaux échanges. On notera sur la photo ci-après la présence du Paysan de Paris d’Aragon sur ma table. Un livre totem pour l’atelier de François, et la présence d’Aragon toujours plus prégnante dans ma vie depuis 3 ou 4 ans.