Étiquette : Japon

  • Retour à Hagi

    Ce qui compte le plus pour moi, ce sont les liens humains que j’ai pu tisser en tant que photographe. — Sam Abell

    À Hagi, au Japon, le photographe Sam Abell a vécu une rencontre, de celles qui changent une vie. Des années plus tard, il revient sur ses pas. Ce court métrage accompagne son retour, là où il redécouvre l’essentiel : la photographie comme mémoire vivante, qui traverse les générations et résiste au temps.

    Ce court métrage est d’abord un film promotionnel pour la marque Fujifilm. Mais l’histoire qui est racontée est belle. En le regardant, j’ai repensé à mon propre voyage au Japon, il y a un an tout juste. J’y étais, cherchant sans doute quelque chose de moi-même, un appareil photo en main (qui n’était, d’ailleurs, pas un Fuji).

    J’en suis revenu chargé de souvenirs, de rencontres et de lieux, de centaines de photographies, et d’un journal de voyage qui nourrit aujourd’hui le livre auquel je travaille.

  • Zuihitsu

    « Je suis un écrivain japonais », un entretien avec Dany Laferrière conduit par Michael Ferrier, à retrouver en ligne ici, sur Tokyo Time Table.
    Un court extrait, où il est question de techniques d’écriture et de Zuihitsu :

    M.F. – Tes livres sont souvent catalogués comme des romans, mais d’un genre un peu particulier. Ils me font souvent penser au zuihitsu. C’est un genre japonais médiéval qui arrive à mélanger du romanesque, du récit, du reportage parfois, de la chronique un peu politique, de l’épistolaire, de la description aussi, des tableaux ou des tableautins, de la poésie enfin. Les grands praticiens de cette petite forme sont d’ailleurs deux écrivains que tu cites dans tes livres : Murasaki Shikibu et Sei Shônagon.

    D.L. – il me faut couper, monter et mélanger. J’aime bien mettre les morceaux qui ne se ressemblent pas et puis quand même, à un moment donné – même pour moi-même – le fond de l’affaire se révèle, brusquement. C’est d’abord une sorte de supposition, comme si j’essayais un peu les choses et puis brusquement, on a une saisie de l’affaire. Dans le récit linéaire, c’est la suite des choses qui révèle, jusqu’à la conclusion, tandis que là, c’est par plaques. Les morceaux se mettent l’un à côté de l’autre – et puis brusquement, on a un éclat, un chaos, un roman.

    Oui, j’aime bien ce genre, ces journaux où l’on met tout. Moi, je me laisse à l’intérieur de mes livres jusqu’à ce que les choses que j’y ai mises m’échappent à moi-même. J’écris vraiment dans une sorte de transe, je le sens au moment où je le fais mais après, quand je prends du recul, je n’arrive plus à saisir les choses mais je sais très bien que de tout ce que j’ai mis là, rien n’a été mis au hasard. Ce n’est pas forcément une architecture, une réflexion pensée, mais tout a été mis, que ce soit par l’émotion ou par la réflexion, avec une raison.

    Mon principe d’écriture, depuis que je suis enfant, c’est : la Terre qui tourne autour du soleil tout en tournant sur elle-même. J’ai toujours été fasciné par ce mouvement total. Et c’est comme ça que j’aime écrire aussi : je crée une histoire où il y a une révolution de quelque sorte que ce soit – cette première partie-là est très facile à faire, parce que c’est une courbe totale – et à l’intérieur, je crée un deuxième mouvement de difficulté, où il y a du mouvement à l’intérieur du mouvement. C’est très clair : je suis obsédé par le mouvement et l’immobilité.

    ©2014-2019 by Michaël Ferrier/Tokyo-La-Lézarde. All rights reserved.

  • La photo est un souvenir échoué

    La photo est un souvenir échoué, balayé par les vents contraires de ma mémoire subjective. Sept ans ont passé, je suis à Londres et je me souviens de Tokyo. Cette photo-là n’a rien à voir, et pourtant. Je ferme les yeux. Einstein on the Beach. La musique de Philip Glass, le rêve se poursuit. La nuit à Londres rappelle la nuit à Tokyo. À Tokyo je sors de l’hôtel, les taxis vert bouteille alignés ont leurs moteurs qui tournent, les chauffeurs aux gants blancs fument en attendant le client, imperturbables. À Londres les taxis sont noirs, ils passent en silence. À Tokyo je marche jusqu’à épuiser la nuit. Je traverse Roppongi, je cours dans la nuit pour rejoindre la tour de Tokyo. En chemin, les vieux qui vont se coucher dans les parcs, les buildings, les lumières, le bruit des pachinkos les néons des combinis la ville de métal et de verre : la nuit à Tokyo, ça n’existe pas, le noir complet n’existe pas, c’est un voile qui tombe sur la ville les vieux s’endorment le voile tombe quelque chose se lève qui occupe la ville, quelque chose autre qui vient occuper la nuit. Tout le voyage, mon appareil photo n’a pris que des photos floues, souvenirs imprécis d’un rêve incertain, photos presque effacées, ombres fondues, images vagues d’un songe vaporeux. Dans la nuit le monorail Yurikamome traverse la baie pour rejoindre l’île d’Odaiba. Je suis debout dans le wagon vide au-dessus du Rainbow bridge le visage collé à la vitre la pluie fine les gouttes glissent sur ma joue de l’autre côté. À Londres il pleut aussi, je marche d’un pas rapide, Londres ou Tokyo, c’est pareil, toujours la nuit je marche. Je cours encore, toujours je cours. Je cours pour me retrouver, mais c’est chaque fois trop tard.


    Photo : Londres, octobre 2014
    Texte extrait d’un projet en cours d’écriture, provisoirement intitulé L’appel de Londres.



  • Un peu de Zen pour le Japon

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    Le 11 mars 2011 à 14 h 46 se produit au Japon un séisme de magnitude 9, entrainant un terrible tsunami 50 minutes plus tard, qui fera des milliers de morts. Le lendemain, les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima deviennent hors de contrôle, et c’est la catastrophe que l’on sait.
    On oublie parfois les victimes du premier jour, tant l’horreur nucléaire est prégnante, et il faut lire le texte d’Alban Creton (en anglais) qu’il a publié aujourd’hui sur Hi.
    En ce jour de triste anniversaire, ayons une pensée pour le Japon.

    Une photo par jour : 314 – cloches japonaises dans un jardin français / mars 2014

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