Étiquette : couple

  • Nous sommes les justes

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    La vie est peut-être la fête des Morts. Il y a une guerre qui vient et il y a un monde qui finit, mais il nous reste un peu d’amour et des éclats de rire et des éclats de joie, un peu de tendresse et la mélancolie. Une fois encore, une dernière fois, j’allume ma bouche au feu de ta bouche en sachant que ce moment-là ne reviendra pas. Déjà, nos corps fourbus s’épuisent, nos carcasses se traînent dans la rue et les draps ne gardent plus de notre étreinte qu’une forme en creux et de la poussière d’étoiles.

    L’heure est venue, mon ange, la nuit s’enfuit, elle meurt — comme nous mourrons —, sans jamais se retourner.
    La mort bientôt se glissera entre nous, ses lèvres se poseront sur nos lèvres avant l’arrivée du soleil et nous nous mélangerons à elle dans une ultime caresse. Au moment de la chute, une voiture passera les vitres baissées sous nos fenêtres ouvertes et entendant nos cris ses occupants croiront entendre quelques pêcheurs. Nous n’irons pas ailleurs, nous sommes les justes, pris dans la trajectoire d’un monde conduit par un Dieu fou.

    Nous sommes venus au jour pour nous aimer et qu’importe si c’est l’amour qui nous consume ; au moins, nous partirons heureux, à l’heure de la toute fin du monde.


    Photo : un samedi soir à Montpellier – avril 2016.

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  • Antoine Doinel, François Truffaut et moi

    J’adore cet extrait, qui résume tout Truffaut. Quelle leçon de cinéma ! Tout en finesse et en intelligence… Indémodable et inégalable, et j’aimerai que mon livre Votre profil plaît déjà beaucoup ressemble un peu à ça pour mes lecteurs : un film de la série Antoine Doinel, de François Truffaut…

    Comme je le disais il y a quelques semaines dans une interview publiée sur le site de mon éditeur, si j’ai choisi Montpellier, où se déroule l’action de mon roman, c’est d’abord pour rendre hommage au film de François Truffaut, L’homme qui aimait les femmes. Je cite d’ailleurs le film à un moment, mais il y a aussi dans le livre un autre clin d’œil à peine déguisé, que les spécialistes reconnaitront sans peine. Il y a également une référence au cycle Antoine Doinel, qui était une des mes sources d’inspirations quand j’ai écrit le livre.
    Il y a une fraicheur et un humour très particulier qui courent dans le cinéma de Truffaut dont j’ai essayé de m’approcher, à ma manière et en le transposant dans notre époque.

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    votre profilVotre profil plaît déjà beaucoup (éditions Numeriklivres) 3,49€

    Vous pouvez également retrouver toute l’actualité du livre sur la page Facebook dédiée.

  • Couple en terrasse

    Le couple

    Arles, août 2013
    Une photo par jour : #128

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  • Small talk (Projet 52 – épisode 7)

    Sortons, dit-elle. Sortons, si tu veux bien. J’ai envie de fumer.
    Une fois dehors, elle allume sa cigarette et tire longuement dessus. Il l’observe en silence.

    — Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? dit-elle.
    — J’ai toujours eu envie de toi, dit-il.

    Elle sourit. Tu as trop bu, dit-elle. Il dit : autant que toi. J’ai bu autant que toi.
    — Tu es marié, dit-elle.
    — Et toi tu as quelqu’un, dit-il.
    — Oui, quelqu’un que tu as longtemps considéré comme ton meilleur ami, dit-elle.
    — C’est peut-être pour ça, dit-il.
    — Pour ça quoi ? dit-elle. C’est parce qu’il n’est plus ton ami que tu me dis ça ce soir ?
    — Non, dit-il. C’est parce qu’il l’a longtemps été que je n’ai rien dit avant.
    — Mmm… Quoi qu’il en soit, j’ai quelqu’un, dit-elle.
    — Tu as quelqu’un, mais le fait qu’on ait cette discussion prouve que tu restes ouverte à d’autres propositions.
    — On a cette conversation parce que tu as trop bu, dit-elle. On se connaît depuis combien de temps ? 10 ans ?
    — Suffisamment longtemps pour ne plus se mentir, tu ne crois pas ? dit-il.
    — Assez en tout cas pour que je ne t’envoie pas promener tout de suite, dit-elle. Mais tu te trompes si tu penses que j’ai envie de coucher avec toi.
    — C’est toi qui l’as dit, dit-il.
    — Dit quoi ?
    — C’est toi qui parles de coucher ensemble, dit-il. Moi j’ai seulement dit que j’avais toujours eu envie de toi.
    — Tu joues sur les mots, dit-elle, amusée, en le fixant avec un air de défi.
    — Surtout quand tu me regardes comme ça, dit-il.
    — Eh bien ? dit-elle.
    — Quand tu me regardes comme ça, j’ai envie de toi, dit-il.

    Elle tend le bras et lui prend la main. Il se penche et l’embrasse. Furtivement, une première fois, puis à nouveau, plus longuement. Après, ils restent un moment assis côte à côte.

    — Tu as raison, finit-il par dire : j’ai trop bu.
    — Moi aussi j’ai trop bu, dit-elle.
    Elle sourit, mais ce sourire ne semble pas être pour lui. Elle sourit comme pour elle-même.
    Il baisse les yeux et ne dit rien.

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