Étiquette : carnet de voyage

  • Retour à Hagi

    Ce qui compte le plus pour moi, ce sont les liens humains que j’ai pu tisser en tant que photographe. — Sam Abell

    À Hagi, au Japon, le photographe Sam Abell a vécu une rencontre, de celles qui changent une vie. Des années plus tard, il revient sur ses pas. Ce court métrage accompagne son retour, là où il redécouvre l’essentiel : la photographie comme mémoire vivante, qui traverse les générations et résiste au temps.

    Ce court métrage est d’abord un film promotionnel pour la marque Fujifilm. Mais l’histoire qui est racontée est belle. En le regardant, j’ai repensé à mon propre voyage au Japon, il y a un an tout juste. J’y étais, cherchant sans doute quelque chose de moi-même, un appareil photo en main (qui n’était, d’ailleurs, pas un Fuji).

    J’en suis revenu chargé de souvenirs, de rencontres et de lieux, de centaines de photographies, et d’un journal de voyage qui nourrit aujourd’hui le livre auquel je travaille.

  • New York City, Sunday morning

     

    Dimanche matin. Tout est calme. New York voudrait nous retenir.
    Hier encore, nous marchions sous la pluie, remontant la 9ème avenue.
    Les lumières de la ville se reflétaient dans les flaques et rien ne semblait devoir finir.


    Photo : New York, dimanche 19 août 2018
    Musique : Sunday Morning, © The Velvet Underground.

  • Walkin’ the dog

    walking the dog

    Je sens alors, pourvu que je ne me hâte, que je ne cesserai jamais d’être.

    Lorsque je suis tombé la première fois sur cette phrase de Rilke, dans mon empressement, j’ai sauté la négation première et j’ai lu « pourvu que je me hâte ». C’est qu’un sentiment d’urgence me poussait alors — il me pousse toujours, mais je ne le laisse plus faire —, une course sans fin pour rattraper le temps perdu, un sprint vers l’abime.

    Je me suis mis tôt à la photo, à 17 ans, mais pour une raison qui m’échappe, après 6 mois d’une pratique intensive, j’ai remisé ça dans un coin de mon esprit pour n’y revenir qu’en 2012. Tout était à réapprendre, et parmi ces choses à apprendre, il y avait la patience et il y avait le regard.
    La photo m’a enseigné comment ralentir, m’a initié à la maitrise du temps, elle m’a appris à arrêter l’instant : l’œil dans le viseur, tourne lentement autour des protagonistes, organise la scène, fige les personnages, enfin rends-les au monde en déclenchant l’obturateur.
    Clic-clac. Rideau. La vie normale reprend son cours, et personne n’a rien vu.

    Apprendre à regarder autrement, c’est adopter le point de vue de l’autre, s’accroupir, comme ici, pour voir ce que le chien voit, tourner autour des choses, s’arrêter sur ce que personne ne regarde. Figer l’éphémère, fixer jusqu’à l’épuiser le détail insignifiant pour en révéler le mystère caché, ouvrir des portes qui donnent sur l’inconnu : « je sens alors, pourvu que je ne me hâte, je ne cesserai jamais d’être ».

    Le chien, lui, ne se pose sans doute pas ces questions-là. Le chien, seul, comme perdu au milieu de la foule, impassible ; le chien, mon ami d’enfance, mon double.

    Now, if you don’t know how to do it
    I’ll show you how to walk the dog
    C’mon now c’mon
    If you don’t know how to do it
    I’ll show you how to walk the dog


    photo : Barcelone, février 2015.
    Walking the dog : paroles et musique de Rufus Thomas


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  • Ummagumma

    Ummagumma

    Association d’idées et faux effet d’abyme, cette photo en appelle une autre, celle de la pochette du quatrième album de Pink Floyd, qui donne son titre à ce billet. Plongée verticale en eaux profondes ces temps-ci, exposition théorique aux techniques argentiques, dans l’attente du révélateur, avant le bain d’arrêt aux sels d’argent qui fixera le cadre du projet. Pour l’instant, l’image, en négatif, ondule, floue, sous la lumière rouge de ma lampe de travail.

    Déclencher, armer, déclencher à nouveau : la partie du film voilée au chargement se trouve ainsi éliminée et le compteur indique exactement le nombre de vues restant à prendre, soit 36 ou 20, note-t-il ainsi consciencieusement. (Un peu plus loin, il ajoute : en période de repos, il est conseillé de garder l’appareil désarmé.)


    photo : Près de Montpellier, mars 2015.


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