La rue comme terrain de jeu

« La photographie de rue, c’est du jazz », la phrase est de Joel Meyerowitz, et elle dit tout ce qu’il faut savoir. Elle dit la spontanéité et l’exigence, le jeu, le swing, la liberté et la maîtrise. La photo de rue, c’est partir au hasard et improviser dans l’instant. La rue comme terrain de jeu, improviser, sans toutefois perdre de vue quelques règles élémentaires ; improviser tout en sachant utiliser ses connaissances techniques, sans en être prisonnier. Maîtriser les bases pour mieux s’en affranchir. Le photographe de rue se doit toujours d’avoir un temps d’avance, tout en se ménageant une place pour l’imprévu.

Si vous êtes sur place ce samedi, à 15h, j’animerai un atelier autour de la photographie de rue à la Galerie Z’, 6 rue des soeurs noires, à Montpellier (inscription obligatoire).
À partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche 18 mars, la Galerie Z’ accueille en effet la revue La Piscine : une exposition de photos et de peintures, des ateliers d’écriture et artistiques, des rencontres avec les contributeurs et des lectures de textes parus dans la revue sont au programme.

Toutes les informations sont à retrouver ici ou sur Facebook.

La Galerie Z’ est un magnifique petit espace dédié à l’art contemporain, situé en plein coeur historique de Montpellier. Y sont exposés verre d’art, céramique, sculpture, peinture, bijoux de créateurs et parfois de la photo, choisis avec goût et éclectisme par Nathalie, la galeriste. N’hésitez pas à y faire une halte !
(La galerie est ouverte du mercredi au samedi, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h – plus d’info ici).


Photo : Barcelone, 2015

Baby you can drive my car

I got no car and it’s breaking my heart
But I’ve found a driver and that’s a start

Baby you can drive my car
Yes I’m gonna be a star
Baby you can drive my car
And maybe I’ll love you


Photo : Barcelone, mai 2013
Drive my car (Lennon/McCartney)— The Beatles © SONY/ATV MUSIC PUBLISHING LLC

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Walkin’ the dog

walking the dog

Je sens alors, pourvu que je ne me hâte, que je ne cesserai jamais d’être.

Lorsque je suis tombé la première fois sur cette phrase de Rilke, dans mon empressement, j’ai sauté la négation première et j’ai lu « pourvu que je me hâte ». C’est qu’un sentiment d’urgence me poussait alors — il me pousse toujours, mais je ne le laisse plus faire —, une course sans fin pour rattraper le temps perdu, un sprint vers l’abime.

Je me suis mis tôt à la photo, à 17 ans, mais pour une raison qui m’échappe, après 6 mois d’une pratique intensive, j’ai remisé ça dans un coin de mon esprit pour n’y revenir qu’en 2012. Tout était à réapprendre, et parmi ces choses à apprendre, il y avait la patience et il y avait le regard.
La photo m’a enseigné comment ralentir, m’a initié à la maitrise du temps, elle m’a appris à arrêter l’instant : l’œil dans le viseur, tourne lentement autour des protagonistes, organise la scène, fige les personnages, enfin rends-les au monde en déclenchant l’obturateur.
Clic-clac. Rideau. La vie normale reprend son cours, et personne n’a rien vu.

Apprendre à regarder autrement, c’est adopter le point de vue de l’autre, s’accroupir, comme ici, pour voir ce que le chien voit, tourner autour des choses, s’arrêter sur ce que personne ne regarde. Figer l’éphémère, fixer jusqu’à l’épuiser le détail insignifiant pour en révéler le mystère caché, ouvrir des portes qui donnent sur l’inconnu : « je sens alors, pourvu que je ne me hâte, je ne cesserai jamais d’être ».

Le chien, lui, ne se pose sans doute pas ces questions-là. Le chien, seul, comme perdu au milieu de la foule, impassible ; le chien, mon ami d’enfance, mon double.

Now, if you don’t know how to do it
I’ll show you how to walk the dog
C’mon now c’mon
If you don’t know how to do it
I’ll show you how to walk the dog


photo : Barcelone, février 2015.
Walking the dog : paroles et musique de Rufus Thomas


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