Carnet de notes & pensées aléatoires

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  • D’autres bibliothèques que la mienne

    Dans le supplément « style » du New York Times du 9 janvier, « du Connecticut au Caire, des lieux de lecture qui sembleront paradisiaques aux amateurs de livres et de design » :

    (vous pouvez cliquer sur les images pour les voir en entier)


    Toujours, les bibliothèques me font rêver. Mais celles qui m’attirent le plus ne sont pas forcément les plus belles1. Je leur préfère celles un peu foutraques où c’est la personnalité de leur propriétaire qui domine. Ainsi de celle de Roger Vrigny, sur cette photo prise chez lui en 1983 :

    Les bibliothèques de Vrigny pourraient être les miennes, sans doute. Un goût partagé pour les images et bibelots disposés au milieu des livres, et les disques non loin. L’appartement, aussi, ressemble à ce qu’avait pu être celui que nous habitions à Paris lorsque j’étais enfant, et ce pourrait être mon beau-père et non Vrigny, qui se tient ainsi, souriant, sympathique, devant ses livres.


    1. J’en parlais déjà ici en octobre dernier. ↩︎

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  • Notes d’atelier #6

    14 octobre 2025 :

    Je ne crois pas au génie. Je crois au travail1. Et je crois en moi. Je ne sais pas si je suis un artiste. Je ne sais pas ce que c’est, un artiste. Je me vois comme un artiste. Je travaille et peaufine ma technique. Chaque jour, j’apprends. J’apprends de mes pairs. J’apprends de mon propre travail.

    Et toujours, j’essaie de donner le meilleur de moi-même. Je ne sais pas faire plus. C’est sans doute peu. C’est déjà beaucoup.

    23 octobre 2025 :

    « Si par une nuit d’hiver un voyageur… »

    Me désespérant, tôt ce matin, de trouver une forme satisfaisante pour L’éveil sensible2, j’ai repensé à ce livre de Calvino. Son titre, plutôt, puisque je n’ai pas encore lu le livre, que je possède pourtant dans deux traductions différentes.

    Cette phrase, en tout cas, pourrait sans mal être l’incipit de mon livre. Elle reviendrait de loin en loin dans le récit, ponctuant sa circularité, reprenant ainsi le thème développé par Mendelsohn et qui m’est si cher.

    Ouvrant ma Pléiade au hasard, je tombe sur le début du 2e chapitre du Calvino, qui semble valider indirectement mon intuition :

    Tu as déjà lu une trentaine de pages et tu es en train de te passionner pour l’histoire. À un certain point tu remarques : « Mais cette phrase ne me semble pas nouvelle. Je dirais même qu’il me semble avoir déjà lu tout ce passage. » C’est clair : ce sont des motifs qui reviennent, le texte est tissé de ces allers et retours, qui servent à exprimer le passage du temps. Tu es un lecteur sensible à ces finesses, toi, prêt à capter les intentions de l’auteur, rien ne t’échappe.

    Le propos de Calvino, je le sais, est tout autre que le mien. Seulement, son titre (je préfère d’ailleurs à la nouvelle traduction de l’édition Pléiade, celle de 1981 au Seuil : Si par une nuit d’hiver un voyageur…) a une force évocatrice qui m’a aussitôt ramené à mon livre. L’hiver, la nuit : la maladie ; le voyageur : la quête de sens.

    Mendelsohn, lui, dans Trois anneaux, utilise comme accroche: « un étranger arrive dans une ville inconnue après un long voyage », phrase qui ouvre l’ouvrage, et dont le dernier paragraphe commence ainsi : « Nous laisserons donc là notre voyageur… »


    Je vais revenir à ma première méthode : l’écriture par fragments. Je les regrouperai ensuite selon une forme encore à définir, mais dont j’ai déjà l’intuition. Écrire « par tableaux détachés »3, avant un assemblage qui, par la répétition des thèmes, formerait des cercles concentriques.

    Il me reste à trouver ma phrase-déclic4. Peut-être celle-ci:

    Dans l’année de la pensée magique, Joan Didion fait le récit de l’année qui a suivi le décès soudain de son mari. Voici ce qu’elle écrit au début du livre :

    J’avais besoin d’être seule pour qu’il puisse revenir.

    Avais-je besoin, moi, d’être seul, pour m’empêcher de partir?

    26 octobre 2025 :

    Je tourne autour de mon livre sans arriver à m’y remettre vraiment. Je crois importantes les idées notées ces derniers jours, mais je devrais revenir aux textes, à l’écriture fragmentée, sans chercher à les organiser encore. J’ai besoin de matière brute pour ensuite avancer.

    Est-ce que je me fourvoie encore ? Au moins, l’écriture par fragments m’enlève un peu de pression (d’autant que j’ai de l’ambition pour ce texte). Plus besoin de penser « livre ». Le risque, c’est de me perdre dans des textes qui se contredisent, se répètent ou ne fonctionnent pas ensemble.

    Reprendre alors le manuscrit où je l’avais laissé il y a quelques mois déjà, et en avant ! Et si toutefois je n’y arrive pas non plus, me souvenir de ceci, noté dans mon journal il y a quatre ans :

    When you feel stuck, that’s actually when you’re making the most progress.5


    1. D’autres, plus capés que moi, ont dit sensiblement la même chose, de Gustave Flaubert à Jacques Brel en passant par Michel Petrucciani. ↩︎
    2. L’éveil sensible est le titre du livre dont l’écriture s’est imposée à moi dès le mois de novembre 2024, à l’annonce de mon cancer. ↩︎
    3. Déjà évoqué ici et ici. ↩︎
    4. , j’écrivais : André Breton parlait de phrase tremplin, une phrase qui amorce un livre, une phrase mystérieuse, étrange, qui libère la conscience, le flux automatique des mots. ↩︎
    5. C’est justement quand on se sent bloqué que l’on progresse le plus. ↩︎

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  • Séville, un dimanche matin

    Séville. Un dimanche matin de juin. Il est encore tôt et les rues sont désertes. Il n’y a personne dehors, pourtant la chaleur à cette heure est encore supportable. À midi, la ville se sera transformée en fournaise. 

    Je ne sais rien de ces femmes qui travaillent là, nettoyant patiemment les scories de la nuit. Quels sont leurs rêves ? À quoi pensent-elles à ce moment précis ? Je pourrai imaginer des vies autour d’elles, mais je ne m’en sens pas le droit. Je me tromperai de toute façon à coup sûr.

    J’avais imaginé la photo que je pouvais faire en passant une première fois devant elles. Je m’étais alors senti voyeur. Mais la photo s’est imposée à moi. J’aimais la géométrie des lieux, avec ces quatre silhouettes en enfilade. Il y avait plus que ça. Instinctivement, je savais que l’image pouvait signifier quelque chose qui sur le moment m’échappait. Je suis revenu sur mes pas. Une seule de ces femmes m’a vu, s’interrogeant peut-être sur ce que moi je voyais. Je l’ai salué. Elle a haussé les épaules.


    Photo : Séville, 8 juin 2014 © Philippe Castelneau

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  • Signal/Bruit #96

    Rémission, a dit l’oncologue. Pas guérison. Une page, tout de même, est tournée. Une nouvelle année s’ouvre, et, cette fois encore, j’ai perdu l’espoir qu’elle sera meilleure que la précédente. Mais il y a ces trois manuscrits sur ma table, ces feux qui brûlent en dedans. Il y a Bowie et Lynch, toujours vivants dans nos rêves. Il y a cette idée de Julian Simpson : apprendre à jouer dans les ruines de ce que nous avions voulu construire. Plutôt que se lamenter, bâtir avec les décombres. Les routes qui attendent sont incertaines. Soit. Embrassons la nouvelle année avec Rimbaud, dans l’affection et le bruit neufs.

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Signal/Bruit — une lettre électronique mensuelle : littératures, photographie, internet et divagations.

Bruit/Blanc — Un journal visuel, en français et en anglais | A visual diary, both in French and English.