Carnet de notes & pensées aléatoires

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  • Notes d’atelier #5

    19 septembre 2025 :

    Antoine Compagnon évoque, à propos du scénario de 1913 de Sodome et Gomorrhe, « le cycle de la rêverie enthousiaste et de la déception qui se reproduit sans cesse. » C’est cela, bien sûr, la clé du malentendu sur lequel s’ouvre la relation de mes propres personnages, et qui conduira à son échec.

    À Proust, qui m’étourdit de ses salons, j’en emprunterai aussi la lointaine forme, pour décrire au moins une scène dans une boîte interlope, ainsi que pour la soirée au « club des hachichins » !

    Détails importants : les vêtements, coupes, marques et accessoires, qui signalent et témoignent d’une époque révolue. C’est cela qui donnera consistance et vie à mon récit.

    30 septembre :

    Peindre, c’est échapper sans cesse à un projet. — Pierre Soulages

    Écrire, pour moi, c’est ça aussi. Échapper sans cesse à mon projet. L’inverse serait beaucoup plus simple.

    2 octobre :

    L’artiste doit rêver des doubles pour ses démons. — Philip Roth

    5 octobre :

    J’ai écrit et envoyé hier la newsletter d’octobre. J’avais prévu de parler de Denis Roche et de Pierre soulages, je n’en ai rien fait. Un article du Guardian à propos du film sur Springsteen qui doit sortir à la fin du mois m’a conduit dans une tout autre direction. Une amie m’a écrit pour me dire que c’était peut-être, de toutes mes lettres, celle qu’elle préférait. Un autre m’a lui remercié pour sa justesse. La spontanéité à du bon !

    F. s’est proposé d’écrire un scénario à partir du manuscrit de Motel Valparaiso. Une adaptation fidèle, et/ou une version beaucoup plus libre. Les deux m’enthousiasment. Encore faut-il qu’il y arrive : l’expérience est nouvelle pour lui. Dans tous les cas : patience. Comme l’écrit aujourd’hui dans sa newsletter Warren Ellis :

    Patience (…) Things will happen, or not happen, in their own time, and there is rarely anything you can do about that. If you want to make things for a living and not go batshit – and I have to remind you that all creative industries are filled with people who went batshit – step one is to learn how to wait and let things go. 

    It’s among the hardest lessons to learn, but it’s the one that will save your life. Take it from someone who’s lived through a lot and nearly died a few times.1


    1. Patience (…) Les choses arriveront, ou n’arriveront pas, en temps voulu, et vous ne pouvez généralement pas y faire grand-chose. Si vous voulez gagner votre vie en créant et ne pas devenir fou – et je dois vous rappeler que toutes les industries créatives regorgent de gens qui sont devenus fous –, la première étape consiste à apprendre à attendre et à laisser les choses se faire.
      C’est l’une des leçons les plus difficiles à apprendre, mais c’est celle qui vous sauvera la vie. Croyez-en quelqu’un qui a traversé beaucoup d’épreuves et qui a failli mourir à plusieurs reprises. ↩︎
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  • Ouvrage pouvant être mis entre toutes les mains

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  • I want my MTV

    C’était en juillet 1985. J’avais 17 ans. Je venais de débarquer à Topeka, Kansas, où j’allais passer une année qui allait changer ma vie de bien des façons. Pour l’heure, je ne parlais pas deux mots d’anglais, et je passais de longues heures cet été-là dans le sous-sol de la maison, en compagnie d’Angela, la fille de ma famille d’accueil, accompagnée de ses amis qui passaient me voir. Ils m’observaient à la dérobée, bête curieuse baignant dans les reflets bleutés de l’écran cathodique et cette odeur si nouvelle de climatisation, regardant non-stop une chaine déjà mythique, apparue quelques années plus tôt : MTV.

    Mes premiers rudiments d’anglais, et ce qu’il y avait à savoir de cette jeunesse américaine pour m’y intégrer, je les ai acquis devant cette télévision, en écoutant les VJs et observant les clips vidéos qu’ils passaient en boucle, et qui faisaient désormais le succès d’un disque. Video killed the radio star, la prophétie des Buggles, émise deux ans avant le lancement de MTV, se réalisait sous mes yeux fascinés.

    Au sortir de cet été, je faisais mes premiers pas dans une high school. Je me confrontais aux jeunes gens de mon âge, à la culture si différente de la mienne. Je les enviais alors, et eux me regardaient avec curiosité. Plus que l’anglais, la langue que j’avais apprise au cours des semaines passées était celle, secrète, de l’adolescence, et nous avions désormais, eux et moi, un terrain d’entente.

    Je flirtais, nouais des amitiés à la vie à la mort qui ne dureraient que le temps d’une année scolaire. Leurs visages, pourtant, me hantent encore parfois.

    Le 31 décembre prochain, MTV cessera d’émettre partout dans le monde. Une fermeture qui s’explique par l’évolution des usages : c’est désormais sur YouTube et TikTok que la musique se consomme. Cette « Music Television » née sur le câble il y a plus de 40 ans, avec ses VJs et ses rotations programmées, est devenue obsolète.

    En définitive, passé cette année dans le Kansas, je n’ai jamais plus vraiment regardé MTV, suivant seulement de loin en loin ses évolutions. Mais elle reste dans mes souvenirs comme le début d’une expérience unique et formatrice, le premier signal et la bande-son d’une vie sur le point de se réinventer.

    Aujourd’hui, elle s’apprête à disparaître, et c’est une page de ma vie qui, symboliquement, se referme.
    L’un des clips qui m’avaient marqué alors était celui de The Russians de Sting. L’URSS était le grand méchant de l’époque, et on se rassurait d’être du bon côté du mur qui séparait l’Est et l’Ouest.
    Depuis, le mur est tombé, avec lui mes certitudes, et l’Amérique que j’ai aimée n’est plus, comme MTV, qu’un lointain souvenir qui s’efface dans le grésillement de neige électronique d’un émetteur hors service, quelque part dans le sous-sol d’une maison du Kansas.

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