Notes sur l’écriture prises à la main, au jour le jour. Reportées partiellement ici pour mémoire.
14 octobre 2025 :
Je ne crois pas au génie. Je crois au travail1. Et je crois en moi. Je ne sais pas si je suis un artiste. Je ne sais pas ce que c’est, un artiste. Je me vois comme un artiste. Je travaille et peaufine ma technique. Chaque jour, j’apprends. J’apprends de mes pairs. J’apprends de mon propre travail.
Et toujours, j’essaie de donner le meilleur de moi-même. Je ne sais pas faire plus. C’est sans doute peu. C’est déjà beaucoup.
23 octobre 2025 :
« Si par une nuit d’hiver un voyageur… »
Me désespérant, tôt ce matin, de trouver une forme satisfaisante pour L’éveil sensible2, j’ai repensé à ce livre de Calvino. Son titre, plutôt, puisque je n’ai pas encore lu le livre, que je possède pourtant dans deux traductions différentes.
Cette phrase, en tout cas, pourrait sans mal être l’incipit de mon livre. Elle reviendrait de loin en loin dans le récit, ponctuant sa circularité, reprenant ainsi le thème développé par Mendelsohn et qui m’est si cher.
Ouvrant ma Pléiade au hasard, je tombe sur le début du 2e chapitre du Calvino, qui semble valider indirectement mon intuition :
Tu as déjà lu une trentaine de pages et tu es en train de te passionner pour l’histoire. À un certain point tu remarques : « Mais cette phrase ne me semble pas nouvelle. Je dirais même qu’il me semble avoir déjà lu tout ce passage. » C’est clair : ce sont des motifs qui reviennent, le texte est tissé de ces allers et retours, qui servent à exprimer le passage du temps. Tu es un lecteur sensible à ces finesses, toi, prêt à capter les intentions de l’auteur, rien ne t’échappe.
Le propos de Calvino, je le sais, est tout autre que le mien. Seulement, son titre (je préfère d’ailleurs à la nouvelle traduction de l’édition Pléiade, celle de 1981 au Seuil : Si par une nuit d’hiver un voyageur…) a une force évocatrice qui m’a aussitôt ramené à mon livre. L’hiver, la nuit : la maladie ; le voyageur : la quête de sens.
Mendelsohn, lui, dans Trois anneaux, utilise comme accroche: « un étranger arrive dans une ville inconnue après un long voyage », phrase qui ouvre l’ouvrage, et dont le dernier paragraphe commence ainsi : « Nous laisserons donc là notre voyageur… »
Je vais revenir à ma première méthode : l’écriture par fragments. Je les regrouperai ensuite selon une forme encore à définir, mais dont j’ai déjà l’intuition. Écrire « par tableaux détachés »3, avant un assemblage qui, par la répétition des thèmes, formerait des cercles concentriques.
Il me reste à trouver ma phrase-déclic4. Peut-être celle-ci:
Dans l’année de la pensée magique, Joan Didion fait le récit de l’année qui a suivi le décès soudain de son mari. Voici ce qu’elle écrit au début du livre :
J’avais besoin d’être seule pour qu’il puisse revenir.
Avais-je besoin, moi, d’être seul, pour m’empêcher de partir?
26 octobre 2025 :
Je tourne autour de mon livre sans arriver à m’y remettre vraiment. Je crois importantes les idées notées ces derniers jours, mais je devrais revenir aux textes, à l’écriture fragmentée, sans chercher à les organiser encore. J’ai besoin de matière brute pour ensuite avancer.
Est-ce que je me fourvoie encore ? Au moins, l’écriture par fragments m’enlève un peu de pression (d’autant que j’ai de l’ambition pour ce texte). Plus besoin de penser « livre ». Le risque, c’est de me perdre dans des textes qui se contredisent, se répètent ou ne fonctionnent pas ensemble.
Reprendre alors le manuscrit où je l’avais laissé il y a quelques mois déjà, et en avant ! Et si toutefois je n’y arrive pas non plus, me souvenir de ceci, noté dans mon journal il y a quatre ans :
When you feel stuck, that’s actually when you’re making the most progress.5