Carnet de notes & pensées aléatoires

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  • Les princes

    « Le temps est déréglé, non ? Un jour, c’est comme en été, et le lendemain le parebrise de ta voiture est recouvert de givre. Après, il pleut sans discontinuer, et le ciel est lourd, comme pendant un hiver nucléaire… Remarque, ajouta-t-il, qu’est-ce que j’en sais, moi, de l’hiver nucléaire ? Ce n’est pas le climat, ce sont les hommes qui sont détraqués. La terre ne tourne plus rond, je dis qu’il faut quitter la ville. Il nous faut fuir cette putain de civilisation, le combat de coqs des politiques, l’arène des gladiateurs à quoi ressemble un open space, les petites querelles intestines, les ego jamais à leur juste place ; et puisque tout fout le camp, autant prendre soi-même la tangente, non ? »

    — Qu’est-ce que tu crois ? Je lui ai dit. Tu crois que tu peux partir comme ça ? Regarde ton acte de naissance : Le présent contrat est conclu pour avoir effet en tous lieux tout le temps : la libération est loin. Les princes de la noirceur ont le verbe majuscule, mais les fous n’intéressent que les enfants tristes. Tu peux bien aller où tu veux, tu ne feras jamais que courir ; ce sont les dieux qui dansent au-dessus de la mêlée. Nous, on paye notre place au paradis en indice boursier, à fort taux d’intérêt. Non, mais, regarde-toi : tu étais un champion en pleine gloire et voilà que tu vas d’un repaire l’autre comme une bête traquée.

    — Le chasseur a usé presque toutes ses cartouches, mais sa dernière balle sera pour moi, je sais. Seulement, vois-tu, je voudrais que ma tristesse s’éloigne quand je ferme les yeux.

    On est resté longtemps en silence à contempler nos verres, puis il a marmonné : « un jour, j’ai croisé une muse et j’en ai tiré mon parti. Elle a cru que j’étais quelconque, mais j’ai bu son venin ; je vais par des chemins tortueux son poison dans mes veines. Sa beauté s’est fanée, la voici seule et moi je suis le vent, je suis la terre battue, le feu qui embrase les cœurs tendres, je suis l’eau des rivières, mais on me retient prisonnier au fond d’une bouteille ».

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  • Du lieu, 5 – Les escaliers

    L’ascenseur étroit, en bois, dans sa cage en fer forgé aux arabesques art nouveau, il suffisait d’en entr’ouvrir l’un des battants intérieurs pour provoquer l’arrêt entre deux étages et que s’offrent à mon regard d’enfant des perspectives nouvelles : vue plongeante sur le niveau inférieur, vue à hauteur de chien sur le palier supérieur ; je restais alors de longues minutes, allongé ou à quatre pattes, attendant impatiemment que la lumière du plafonnier de l’ascenseur s’éteigne, puis celle de l’escalier — ainsi seule la faible veilleuse de la cabine éclairait partiellement à la fois le palier au-dessus et le plafond au-dessous —, pour que se révèle à moi dans toute sa mesure un univers étrange, qui dans l’obscurité prenait naissance dans le vide et se terminait dans le vide, un univers occupé en son milieu par une terre plate aux deux faces dissymétriques, comme deux continents opposés dont j’avais appris à connaitre par cœur la géographie, la faune et la flore — les moulures du plafond, les craquelures, les insectes morts ou prisonniers à l’intérieur du verre épais à motif floral de la lampe, les particules de poussières en suspens, la moquette usée, les tâches, les brûlures de cigarette, les mauvais plis et l’usure des coins, les fixations des barres de laiton dorées, disjointes par endroits — jusqu’à ce que quelqu’un pénètre à nouveau dans le hall, en bas, rallume la minuterie avant d’appeler l’ascenseur, et je me dépêchais d’appuyer sur un étage intermédiaire pour pouvoir me faufiler dans l’escalier, montant quelques marches avant de m’accroupir pour observer l’intrus qui s’élevait dans les étages sans me voir.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre. Vidéo explicative ici, sur la chaîne youtube de François Bon.

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  • Exposition photo

    Autour de la Revue La Piscine, retrouvez les photographies d’Alain Mouton, Philippe Castelneau et Louise Imagine qui quittent La Galerie Z’ pour une exposition à l’auditorium de la librairie Sauramps Odysseum à Montpellier.
    C’est à partir du 9 mars, et jusqu’au 30 avril 2017

  • Le gardien du phare

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    Je suis le gardien du phare, le voyageur immobile. J’ai dans mes veines un fluide toxique, une encre noire qui fait battre mon coeur.
    Tu es la fille du large qui parle à mon oreille endormie. Ma tête est une coquille vide où se dispersent tes rêves. L’horizon trace une ligne inutile depuis longtemps franchie — j’ai mis mes pas dans tes pas d’infini.
    Je m’accommode encore de tes allures singulières, pourtant, tes griffes sur mon visage sont moins réelles que la mort aveugle qui me grignote le cerveau.


    Photo : Le Phare de la Méditerranée, Palavas-les-Flots, mars 2017

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