Auteur : Philippe Castelneau

  • Sur le chemin de traverse, dans la lumière des phares arrière (Projet 52 – épisode 2)

    Il passe chaque jour par cette route, et chaque jour il voit le sentier qui démarre sur le bas-côté de la route. Le jour, il n’y pense presque pas, mais à la nuit tombée le chemin le fascine. C’est après un virage, et souvent il n’est pas seul, d’autres voitures le suivent et il n’a pas même le temps de ralentir.

    Il y a la route, qui serpente, une départementale comme il en existe des milliers d’autres, une route tout ce qu’il y a de plus banal, et puis soudain cette bifurcation qu’il doit prendre — qu’ils prennent tous, lui semble-t-il —, et dans le virage, sur sa droite, le chemin qui se dessine. La plupart du temps il ne fait que l’apercevoir, et certains soirs il lui semble que c’est un mirage, un appel à se perdre, mais il n’a pas d’autre choix que d’accélérer à nouveau et poursuivre sa route.

    Il aimerait s’arrêter parfois, s’enfoncer un peu plus sous les arbres, prendre une photo de l’endroit, capturer le mystère. Il s’arrête souvent, un peu plus avant, en face des montages, ou plus loin, à quelques kilomètres, pour figer un coucher de soleil, mais là, non, jamais. Comme s’il n’était pas prêt, comme s’il lui fallait attendre encore, s’imprégner du lieu, apprendre à le connaître — et il ne dispose pour cela que de quelques secondes chaque soir —, en établir mentalement la géographie ; la nuit, dans son sommeil, laisser se dérouler les images fugaces capturées et reconstruire mentalement ce qu’il n’a pas vu, ce qui ne s’offre pas au regard.

    Ce soir, plus tard que d’habitude, peut-être, il ralentit à peine au moment de tourner et accélère déjà à l’entrée du virage quand il bifurque soudain et arrête son auto sur le bord du chemin, dans un crissement de pneus. Il n’y avait personne, ni devant, ni derrière lui, et c’est heureux : il n’y a ainsi pas de témoin de sa folie, la vitesse excessive dans le virage et l’arrêt soudain, les roues qui braquent sans raison, la voiture qui s’arrête dans un presque tête-à-queue. Il reste un moment cramponné à son volant, les yeux perdus dans le vide, puis prépare son appareil photo et sort enfin, sans prendre la peine d’éteindre son moteur, sans même fermer sa portière, et fait quelques pas en direction de la route, dans la lumière blafarde des phares. Il prend quelques clichés puis se retourne et regarde devant lui l’orée du chemin, mais rien du mystère ne lui est révélé. Pour un peu il s’attendrait à voir quelque créature mystérieuse, elfe ou fée, ogre ou farfadet, au moins un loup et quelques prédateurs nocturnes, mais il n’y a rien. Rien, sinon un appel à s’enfoncer plus avant, à se perdre dans le mystère qui se révélerait enfin, peut-être. Il entend une voiture qui passe et se retourne, et il sait que depuis la route, déjà, on ne le distingue plus. Il voit son véhicule toujours garé de travers, et il se tient maintenant dans la lumière rouge des phares arrières qui éclairent le chemin d’une couleur irréelle. Il voit au sol des formes jusque là invisibles, des traces qui l’invitent à les suivre. Il ne cherche plus à résister et s’avance à leur suite. Il tient encore son appareil photo à la main, mais ne pense déjà plus à s’en servir. Le moteur de sa voiture tourne toujours, et il laisse sa portière ouverte, ses affaires posées sur le siège passager. Quelqu’un finira bien par les retrouver. Lui ne reviendra pas.


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  • Une photo par jour : #26

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    Coucher de soleil près de la voie rapide, pris hier en tout début de soirée. Dommage, le cadrage n’est pas parfait, mais j’avais peu de temps : on dit que l’espérance de vie, lorsqu’on est à pieds, est de 20 minutes sur une autoroute… Je ne sais pas de combien en plus je disposais, en me tenant ainsi à moitié caché à l’entrée d’un rond-point. 🙂

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  • Une photo par jour : #25

    Le chat et l'escargot qui lui tournait autour

    Le chat et l’escargot qui lui tournait autour…

    Hier, après une belle journée ensoleillée, le ciel s’est soudain couvert et il s’est mis à pleuvoir. Plutôt que de rentrer au sec, l’un de nos chats attendait, stoïque, devant la veranda que la pluie cesse, tandis qu’un escargot entreprenait une ronde tout autour de lui. Je n’avais pas mon appareil sous la main à cet instant précis, et je savais que je n’avais pas non plus le temps de courir le chercher dans mon bureau, j’ai donc pris mon smartphone pour immortaliser la scène.

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  • Souffle #14

    traverse le matin du tout
    et rêve en silence que s’envole en paix
    le parfum intime du printemps


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