





Après San Remo, nous sommes passés par Nice. Très belle rétrospective consacrée au méconnu et pourtant incroyable Henri Dauman au musée de la photographie : The Manhattan Darkroom. Évidemment, j’ai fait quelques photos, autour et dans le musée.







Après San Remo, nous sommes passés par Nice. Très belle rétrospective consacrée au méconnu et pourtant incroyable Henri Dauman au musée de la photographie : The Manhattan Darkroom. Évidemment, j’ai fait quelques photos, autour et dans le musée.
Je lis tous les jours mon Daylog, et ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. Elles me disent ce que je ne dois plus écrire, sans me dire ce que je dois écrire. Pourquoi je devrais écrire ? Parce que sinon je me sens mal, inaccompli, incomplet. Écrire pour me compléter, pour tenter de vivre cette époque d’effondrement dans le vertige (…)Drôle de sensation de revenir à celui que j’étais. Je me trouve plus intense qu’aujourd’hui, surtout plus énigmatique. Envie de renouveler l’expérience, mais peur qu’elle stimule ma nostalgie latente. Ai-je quelque chose à m’apprendre ? Parce que cet autre, ce n’est plus moi depuis longtemps. Parce que ces textes ne sont plus réellement de moi. (Thierry Crouzet — carnet d’avril 2024)
Thierry Crouzet, pour se trouver, à la fois interroge celui qu’il a été en relisant ses vieux carnets, et laisse une I.A. gavée de ses écrits rédiger à sa place un journal de bord quotidien.
Le Crouzet d’il y a vingt ans, « cet autre (qui) n’est plus moi depuis longtemps » se confronte au Crouzet virtuel, qui « produit ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. »
Où se trouve alors, non pas le vrai, mais le Thierry Crouzet d’aujourd’hui ? Sans doute dans ses carnets de route : « Le journal est presque le seul endroit littéraire où je peux être moi-même sans qu’on puisse m’accuser de participer à la grande gabegie (…) Je ne suis jamais aussi libre qu’ici, aussi libre que sur un chemin par un beau soleil d’avril, avant qu’il ne devienne brûlant. Le journal ne prétend à rien d’autre qu’à la liberté, et peut-être que si je le gardais pour moi-même j’y serais encore plus libre, mais sans doute aussi trop complaisant. Je pourrais tout dire, par exemple ce que je serai tenté de dire en cet instant et que je garde pour moi, mais qui néanmoins me traverse et c’est presque comme si je le disais. »
Je ne peux que vous encourager à le lire, si ce n’est pas déjà le cas.






When despair for the world grows in me
and I wake in the night at the least sound
in fear of what my life and my children’s lives may be,
I go and lie down where the wood drake
rests in his beauty on the water, and the great heron feeds.
I come into the peace of wild things
who do not tax their lives with forethought
of grief. I come into the presence of still water.
And I feel above me the day-blind stars
waiting with their light. For a time
I rest in the grace of the world, and am free.*Wendell Berry
from The Peace of Wild Things And Other Poems (Penguin, 2018)Copyright (c) 2012 by Wendell Berry
On dit toujours qu’en photographie, on peut trouver l’inspiration en bas de chez soi. J’ai pris mon appareil hier en fin d’après-midi, et je suis parti en balade dans la campagne. Des oiseaux ont eu pitié de moi et se sont lancés dans un ballet aérien pour mon plus grand plaisir. Après avoir médité ce matin, je suis tombé sur ce poème de Wendell Berry, qui m’a semblé correspondre aux sentiments ressentis en observant ces oiseaux.
J’ai pensé immédiatement à un traitement monochrome pour ces photos.
Avec le numérique, on peut choisir plus tard de passer ses photos en noir et blanc. Mais je crois qu’il faut décider de ça au moment de la prise de vue, et non a posteriori. D’une certaine façon, ça change, je crois, la manière dont on prend la photo. Vous en pensez quoi ?
* Quand l’angoisse pour le monde grandit en moi
et que je me réveille en pleine nuit au moindre bruit
effrayé de ce que ma vie et la vie de mes enfants pourraient devenir,
je vais m’étendre là où le canard carolin
se repose en sa beauté sur l’eau et où le grand héron se nourrit.
J’entre dans la paix des créatures sauvages
qui n’imposent pas à leurs vies l’anticipation
du malheur. J’entre dans la présence de l’eau calme.
Et je sens au-dessus de moi les astres aveugles au jour
attendant d’émettre leur lumière. Un moment
je m’abandonne à la grâce du monde, et je suis libre.
(traduction Christine Raguet)





De passage à San Remo la semaine dernière, j’ai profité de l’occasion pour faire quelque photos de rue. En voici quatre.