Auteur : Philippe Castelneau

  • Une photo par jour : #50

    chats

    Sortir. Parce que c’est dimanche. Parce qu’il fait beau. Parce qu’au village à côté, il y a « les journées de la préhistoire » et que la préhistoire, ça plait toujours aux enfants. On fait pourtant vite le tour, deux adultes grimés, maquillage et peaux de bêtes, tellement pris à leur jeu qu’ils en sont inquiétants, le dolmen construit par des types en marcel, une hutte gauloise anachronique, un tailleur de silex en jean, et un stand où le gars s’excuse par avance de ce qu’il y a là à voir n’est pas à lui, mais à son fils de 9 ans, et c’est un véritable cabinet de curiosité : planches d’insectes séchés et épinglés, crânes et ossements en tous genres, un canard et une fouine empaillés, hérissons et chauve-souris séchés, et dans des bocaux d’alcool, un rat, une souris et des yeux de requins. Il n’en a tué aucun, hein, mon fils, précise quand même le père, mais dès qu’on trouve un cadavre on l’appelle, il adore ça. Drôle de passion morbide pour un gamin de 9 ans, on est loin de la préhistoire, et en terme de pathologie, je ne sais pas.

    Après, on décide de faire une balade en remontant dans le village, et on s’arrête plusieurs fois en route pour prendre quelques photos, moi avec mon Sony, ma fille avec son téléphone et le plus jeune de mes garçons avec sa console de jeu.
    Et puis il y a la maison haute, le poulailler devant, le vieux tracteur dans la remise, et tout en haut de l’escalier, cachés, pas deux, ni trois, mais quatre chats qui nous observent. Je les fixe avec mon appareil, l’un reste caché, et je veux faire le tour, je grimpe les marches doucement pour les photographier de plus prêt, mais ils m’entendent, et en dépit de toutes mes précautions pour surtout ne pas les déranger, en voilà un qui se sauve, alors je redescends, et mon fils qui en crève d’envie me demande s’il peut monter les prendre en photo lui aussi, avec sa Nintendo qui créée des clichés en 3D, et je lui dis oui, comment lui résister, et il grimpe, mais tous les chats détalent entre ses jambes et il n’a même pas le temps de déclencher qu’ils sont déjà tous partis.

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  • Une photo par jour : #49

    Reflets 2

    Le gris de l’acier. Le métal froid. La concentration. Savoir ce que l’on fait. Ne pas perdre le fil, se concentrer. Il est encore tôt, maintenant il faut se recentrer. Bientôt, le coup de feu. Bientôt les cris, les injonctions. Bientôt les commandes qui déboulent et l’agitation partout. Pour le moment, le calme. Pour le moment, ça va. La ville, dehors, qui bouge, on ne la voit pas. Le soleil déclinant, il est masqué par la lumière artificielle des néons blancs. Les passants, les touristes, les gens qui vont et viennent, ils n’existent pas là où l’on est.

    Le frigo est plein, les bacs avec les légumes, les œufs, la viande, les poissons morts qui luisent sous la lumière, l’huile, les épices, le sel, le poivre, les jambons suspendus, les casseroles, cuvettes, balances, les brochettes en inox, les lames de rechange, les couteaux, les cuillères en bois, les entonnoirs, les éplucheurs, les louches, le fouet, le hachoir, chaque chose semble à sa place. Le chef est à sa place. On attend, les tables dedans sont dressées, la lumière tamisée, et déjà, ça rentre. Déjà, le serveur fait son office, les menus sont dépliés, les serviettes froissées, les questions fusent, deux ou trois mots de catalan, un peu d’espagnol, du français, l’anglais baragouiné pour mettre tout le monde d’accord. Les verres se choquent, le vin coule, rouge, blanc, rosé, les bocks de bière, les digestifs ; la salle est pleine, il y a des rires et il y a des pleurs d’enfants, il y a des chuchotements, il y a des reproches ravalés, des remarques désobligeantes, il y a des soupirs et des sourires complices, des regards entendus et des amorces pour plus tard. Il y a les plats qui s’empilent, les assiettes sales qui reviennent, les poubelles que l’on ouvre, la vaisselle, l’eau qui coule, les bacs jetés, le plan de travail, les aliments, le coup d’éponge, les flammes, la poêle, les hochements de tête qu’accompagnent nos réponses aux commandes. Le frigo qui s’ouvre, le frigo qui se ferme, le feu, sous les casseroles et dans la cuisine, le feu dans la salle, les serveurs qui s’activent, la table 2 qui s’impatiente, la table 5 qui ne veut plus partir, la queue à l’entrée et jusque sur le trottoir, et il y a 15 minutes d’attente, ça va ?

    Ca rentre et ça sort, en cuisine aussi, on court et on s’énerve, et on joue, parce que tout est un jeu. L’heure tourne, le rythme se ralentit, le restaurant se vide, on reste concentré. Le coup de feu est passé. Le dernier client finit son dernier verre. La cuisine est rangée. Le calme, à nouveau. Chaque chose à nouveau à sa place. Soi-même, à sa place. Le gris de l’acier, propre et mat. Le métal froid. La ville dehors, on ne la voit pas. À cause des reflets, on ne la voit pas. On la devine, en enfilade. On sait qu’elle est là. Bientôt, on ira la rejoindre, on ira se mêler à la foule.

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  • Une photo par jour : #48

    reflets

    Dans la rue, à Barcelone, cette vitrine avec cette silhouette suspendue. L’image est belle, le soldat en position du lotus comme un oxymore, et le noir et blanc et l’image à plat qui contrastent avec à la vie qui partout autour explose de mille éclats et brille de mille facettes. Alors, se poser là, devant, et en vitesse cadrer et déclencher, pour se rendre compte ensuite qu’on est soit même dans la vitrine, et voir son image dans l’image. Superposition imprévue, autoportrait caché, réflexion sur soi plutôt que simple reflet.

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  • Une photo par jour : #47

    Barcelone

    Barcelone, vue du ciel… ou presque ! Malheureusement, dans le téléphérique, on ne peut pas ouvrir la fenêtre, et il y a un reflet à droite sur le cliché. Néanmoins, j’aime bien cette photo 😉

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