Auteur : Philippe Castelneau

  • Terres reconquises sur l’oubli

    (…) pendant des heures, immobile, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l’oubli qui s’assèchent et se rebâtissent… (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)

    Qu’est-ce qui me retient d’avancer, ces derniers jours ? La peur de réussir. La peur de ne pas y arriver. « Je sais que tu peux le faire », me dit ma petite voix. Elle est là, de retour… Je sais que je peux le faire. Une brique après l’autre, je consolide mes fondations. Je fais de mon mieux. Je laisse filer le reste.

    J’ai deux journaux déjà écrits : celui tenu au Japon ; un autre, plus intime. J’ai encore à découvrir comment les mêler l’un à l’autre de manière fluide, harmonieuse pour en faire un livre. Pour y arriver, je dois procéder par étapes. Les reprendre à la main, identifier les motifs, et travailler à partir de ceux-ci : creuser les pistes qui inévitablement s’ouvriront ; procéder par association d’idées. Le reste viendra naturellement.

    Et un tout autre projet : un travail d’archiviste, mené à distance avec l’un de mes frères, une tentative de reconstitution du puzzle familial… Reconquérir des terres sur l’oubli… Ça ressemble beaucoup à ça, et c’est passionnant !


    je vis sans journaux
    me faudrait noircir mes livres
    for black-out poetry

    … m’écrit une amie. Les boîtes à livres de ce côté-ci de l’Atlantique sont remplies de bouquins dont personne ne veut : couvertures déchirées, pages jaunies ou arrachées… J’en ai fait une récolte l’autre jour (en plus d’un John Fante que j’ai aussitôt offert à mon plus jeune fils !), et je m’en sers pour ces poèmes presque ready-made.


    Levé ce matin à 6 h. 15 min de méditation. Écris un haïku, créé un blackout poem, mis en forme et imprimé l’un des deux journaux dont je parle plus haut, lu un peu plus d’une heure en terrasse. Pas mal, et il n’est que 14 h 20 !

  • Les choses essentielles

    Les choses essentielles

    Ce que je reproche aux journaux, c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)


    Marcel Proust. Je me suis enfin lancé à l’assaut du monument. 1 % de lu, des milliers de pages encore… J’y trouve ce que j’attendais : une écriture magnifique, et un léger ennui, sans que cela devienne rédhibitoire. Si le récit en lui-même ne me procure pas de véritable plaisir pour l’instant, l’écriture, la structure du récit et la façon dont les phrases sont construites m’émerveillent et m’inspirent.

    Et puis, l’histoire : je suis sincère en disant qu’elle m’ennuie parfois, mais elle me rappelle par moment celle que me racontait mon père au sujet de notre famille, et tout à coup, me voilà pris dedans.

    Alors certes, cette lecture va m’occuper quelques semaines, mais, comme Proust le fait dire à l’un de ces personnages, c’est dans les livres que sont les choses essentielles. Où, comme l’écrit de manière beaucoup plus prosaïque Austin Kleon :

    Reading should feel a little subversive… because it is! To sit around and read a novel in the year 2025 is an act of resistance — you’re swimming against the current of the entire contemporary shitstream.

    La lecture devrait avoir un petit côté subversif… parce qu’elle l’est ! S’asseoir et lire un roman en 2025 est un acte de résistance — vous nagez à contre-courant de tout le flot de merde contemporain.

    (C’est pas du Ronsard, c’est de l’amerloque, chantait Nougaro !)


    Je vous laisse avec une photo d’une de mes chattes, prise il y a quelques minutes dans le jardin. Les chats, comme les livres, sont essentiels.

  • Parfaitement calme, mais vivant

    Petit exercice de Blackout Poetry, remis au goût du jour par Austin Kleon il y a quelques années. Amusant, non ?

  • Stumblin’ in

    Sous le ciel gris
    Un rire d’enfant résonne
    Un air qui me poursuit

    Chaque jour, tirer une carte du jeu Oblique Strategy, de Brian Eno et Peter Schmidt. Aujourd’hui : Ask your body.

    Demande à ton corps. Mon corps ne demande plus rien, sinon qu’on le laisse tranquille. À peine levé, le souffle court, l’humeur aussi, un peu à cran. Une chanson a trotté dans ma tête durant mes insomnies, à peine quelques mesures que je n’arrivais pas à identifier. 

    Mais, alors que le jour se levait à peine, la tasse de café chaud entre mes mains, les yeux peinant à s’ouvrir encore, tout m’est revenu. Le ciel est gris et lourd. On annonce de la pluie pour aujourd’hui, et ce weekend et toute la semaine prochaine. Peu m’importe : j’ai ma mélodie du bonheur, 3 min 59 s de soleil retrouvé, un peu moins de 4 min de joie simple. Tant pis si c’est trop court pour oublier le reste, j’ai la touche « replay » au bout des doigts !