Auteur : Philippe Castelneau

  • La pluie, suivie de deux poèmes

    La pluie, suivie de deux poèmes

    Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)


    Pleures-tu parfois ?
    Une seule fois, ai-je dit
    Plus jamais depuis

    J’ai posté hier l’infolettre du mois de mai (avec un peu d’avance, donc. Mais celle d’avril était sortie en mars). Si vous ne l’avez pas reçue, vous pouvez la lire ici (vous pouvez aussi vous y abonner pour l’avoir directement dans votre boîte mail).

    Envoyée aussi il y a quelques jours, la 8e lettre consacrée à mes photos, bruit/blanc. Un projet initié fin décembre, et déjà 8 numéros ! Je ne sais pas combien de temps je continuerai, mais pour le moment, je m’y tiens (la 9e est déjà prête, c’est dire !).

    J’ai pris la photo en tête de ce billet en mars 2014. Elle me parle toujours beaucoup.

  • Je rêvais…

    Je rêvais…

    Tout d’un coup mon père nous arrêtait et demandait à ma mère : « Où sommes-nous ? » Épuisée par la marche, mais fière de lui, elle lui avouait tendrement qu’elle n’en savait absolument rien. Il haussait les épaules et riait. Alors, comme s’il l’avait sortie de la poche de son veston avec sa clef, il nous montrait debout devant nous la petite porte de derrière de notre jardin qui était venue avec le coin de la rue du Saint-Esprit nous attendre au bout de ces chemins inconnus. Ma mère lui disait avec admiration : « Tu es extraordinaire ! ». Et à partir de cet instant, je n’avais plus un seul pas à faire, le sol marchait pour moi dans ce jardin où depuis si longtemps mes actes avaient cessé d’être accompagnés d’attention volontaire : l’Habitude venait de me prendre dans ses bras et me portait jusqu’à mon lit comme un petit enfant. — Marcel Proust (Du côté de chez Swann)

  • Chercher refuge

    Chercher refuge

    (…) on avait devant soi le clocher qui, doré et cuit lui-même comme une plus grande brioche bénie, avec des écailles et des égouttements gommeux de soleil, piquait sa pointe aiguë dans le ciel bleu. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)

    Je vis ces jours-ci mon moment »Perfect Days« . Je me lève à 6h, j’ouvre aux chats et je souris au ciel, je médite, j’écris, photographie les arbres et les fleurs, et je lis beaucoup. Pour la première fois cette année, je suis sorti boire mon café sur la terrasse. L’air était frais, la Lune montrait encore son dernier croissant, la journée promettait d’être belle. 

    Je répète chaque jour les mêmes rituels, je suis joyeux, et je crois être heureux. Peut-être cela cache-t-il une angoisse plus sourde, la crainte des différentes annonces que doivent me faire bientôt les médecins.

    Je me suis enfermé dans une bulle hors du temps, où la répétition des rituels vient en quelque sorte abolir toute temporalité. C’est sans doute pourquoi j’ai choisi ce moment pour lire Proust, dont la lecture aussi semble sans fin. Je me laisse engourdir par les phrases à la beauté sublime qui se déroulent paresseusement au fil des pages ; engourdir par la répétition de mes rituels, par la magie de la nature.

    Et puis, je fais aussi des blackout poems !