Auteur : Philippe Castelneau

  • Notes d’atelier #2

    Notes prises à la main, au jour le jour. Reportées ici (partiellement) pour mémoire.

    8 août :

    Toutes les belles idées notées hier me paraissent fades aujourd’hui.

    10 août :

    Ce que j’ai écrit hier et avant-hier, j’aurai tout jeté ce matin, mais à la relecture, je crois que ça tient la route. Trop de fatigue accumulée pour être vraiment productif ces jours-ci, malheureusement. Maintenant que l’atelier d’écriture mené avec François Bon arrive à son terme, que j’ai désormais cet ensemble de textes à ma disposition, je dois trouver quel en est le cœur secret. Ce cœur mis à nu, il me restera à en fixer l’horizon. Comme l’a signalé François, « l’atelier permet d’explorer les bords, ça fait résonner les frontières, et ça nourrit tout le centre ».

    11 août :

    Faire ressurgir sur la page la langue intime, la parole trouble qui précède le langage.

    12 août :

    J’ai relu les textes écrits au cours de l’atelier. Des pistes nouvelles se dessinent pour la suite. Ce que je dois faire maintenant : un nouveau dossier dans Scrivener, dans lequel patiemment reporter tous les textes déjà écrits, en les ordonnant à la lumière des révélations survenues ces dernières semaines. Travail fastidieux, mais oh ! combien important.

    La littérature n’est pas chose abstraite, elle s’adresse à l’homme tout entier. — Flaubert (notes de voyages)

    13 août : 

    Haïku sous la Lune, en attendant le jour. Finalement assez satisfait de ce que j’ai écrit hier, après deux jours d’atermoiements. Je dois m’obliger à garder ce rythme — trois jours et un chapitre écrit.

    L’atelier m’a permis de faire avancer de manière décisive mon livre vers une forme plus littéraire, plus complexe. Plus expérimentale, peut-être. Je dois tout de même veiller à ne pas me perdre, et resserrer l’intrigue autour de mes seuls personnages. Mais c’est le sous-texte qui portera l’ambition du livre !

    Art is the highest form of hope — Gerhard Richter

    14 août :

    In most everyday writing you will find that using avant-garde techniques in otherwise non-avant-garde writing can be like adding a vital pinch of spice. It can enliven an entire work just by making some slight change to the way that you present it. It can make old ideas suddenly new again (…) It should certainly not be overlooked by any writer. — Alan Moore

    À son meilleur, un écrivain est d’abord un magicien !

    15 août :

    Les grands thèmes de mon roman ne doivent pas être exposés de manière linéaire. Les pièces doivent se mettre en place au fil des pages, et c’est au lecteur de reconstituer la linéarité des évènements. Une technique narrative qui s’apparente au montage cinématographique et reflète la structure fragmentée et circulaire du roman.

    Je n’ai pas écrit La route des Flandres d’un seul trait, mais selon l’expression de Flaubert, « par tableaux détachés », accumulant sans ordre des matériaux. — Claude Simon

    Fragmenter le récit en blocs thématiques et les assembler selon une logiques interne (souvenirs/associations).

    16 août :

    Forget the books you want to write. Think only of the book you are writing. — Henry Miller

  • La destinée manifeste

    Je vous en avais parlé en juillet dernier dans ma newsletter, la nouvelle que j’ai écrite pour la revue En attendant Nadeau est désormais en ligne, accessible gratuitement.

    Steven Sampson, qui coordonne ce numéro hors série m’avait demandé d’écrire un texte sur le thème de l’Ouest, un sujet qui lui a été inspiré par la lecture de mon roman Motel Valparaiso.

    Un petit mot sur le titre : la « destinée manifeste » est une doctrine apparue aux États-Unis au XIXe siècle. Elle soutenait que le pays avait pour mission divine de s’étendre vers l’Ouest. Cette idéologie servait à justifier la conquête des territoires de l’Ouest américain comme une obligation sacrée de diffusion de la « civilisation ».

  • Notes d’atelier #1

    Il tâchait d’être généreux envers tous ses élèves, même les nuls, qui étaient souvent les premiers à dire en arrivant : « Je viens de passer une journée formidable, je me sens inspiré. » Quand il en eut assez d’entendre cette phrase, il leur rapporta en substance un propos de Chuck Close au cours d’une interview : c’est l’amateur qui cherche l’inspiration ; nous autres, on se lève et au boulot. — Philip Roth – Un homme (Gallimard 2007)

    En commençant l’atelier proposé cet été par François Bon, je me suis fixé comme contrainte de travailler d’abord à la main, dans un carnet. Après quelques jours, j’ai repris plaisir à écrire ainsi mes notes et premiers jets, et j’ai l’impression d’être plus productif ensuite quand je repasse au traitement de texte. Une pratique que je souhaite poursuivre désormais pour tous mes projets. J’ai acheté un carnet Leuchtturm 1917 : beau papier, 2 marque-pages, table des matières et pages numérotées, bref, l’outil parfait pour y consigner ce que je me plais à appeler mes notes d’atelier, et que je reporterai ici de temps en temps.

    30 juin :

    Écriture photographique du réel. Couleurs, reflets, jeux de lumière. Odeurs. Matières. Clair-obscur. Appliquer le vocabulaire de la peinture aux matières qui forment le texte. Sfumato. Aplat. Lavis.

    07 juillet : « Les rêves ne suffisent pas. »

    Je dois faire attention à ne pas me laisser enfermer dans une sorte de boucle narrative. Je voudrais avoir fini le premier jet de ce roman fin août. Est-ce même raisonnable ? Non. Mais il faut se fixer des objectifs, sinon on n’avance pas. L’atelier d’été de François permet le surgissement d’une matière inattendue, textes et idées qui ouvrent des pistes nouvelles. Tout cela, ensuite, il me faudra l’organiser dans l’ensemble général du livre, tracer les lignes directrices, fixer un plan d’ensemble.

    10 juillet :

    Mon territoire : les livres, le rock. Vous n’écoutez pas ! Un lieu, on vous dit ! Ah, mais, les livres sont mon territoire. Cut the crap ! Des livres ? Trop facile, les livres. Des disques ? Ok, ok, on y vient. Quoi encore ? La peinture. C’est toi, la peinture ? Les classiques, non. Mais Basquiat, Haring, c’est à moi. Eh, tu ne vas pas t’attribuer toujours le beau rôle, dis ?

    11 juillet : « Être courageux, même dans l’incertitude ».

    Même lieu, même figure, à l’envers. Plusieurs pistes narratives qui se dessinent.

    • L’exploration des suites de cette rencontre : que devient la photographe, comment évolue leur relation ?
    • Le développement du contexte familial, à peine esquissé ici (le père de F., par ex.)
    • Un possible saut temporel vers l’âge adulte, pour voir comment cet innamoramento a façonné l’existence des deux protagonistes.

    25 juillet :

    André Breton parlait de phrase tremplin, une phrase qui amorce un livre, une phrase mystérieuse, étrange, qui libère la conscience, le flux automatique des mots. L’atelier d’été joue ce rôle pour moi : la mise à jour d’amorces de textes.

    Une photo, non pas une description, mais montrée à travers les émotions qu’elle suscite. « Aller au bord du gouffre qu’est la langue poétique ».

    La possibilité d’une anamnèse, quand Alex et Claire prennent conscience qu’ils ne sont pas fait pour être ensemble. Une autre vie les attendait, à côté de laquelle ils sont passés. MAIS : ils peuvent inventer leur futur.

    28 juillet : « Incantatoire magie du langage. » (Claude Simon)

    La description de la photographie de l’atelier dans Histoire finit sur une sorte d’effet de blow-up : comme un agrandissement trop puissant, la description a pratiquement dissout l’image. — Irène Albers

    06 août :

    Conseil de François : « Spirale ouverte, et non parcours linéaire », ce qui n’est pas sans me rappeler la composition circulaire chère à Mendelsohn et qui m’obsède tant : « technique, fondée sur le lumineux principe méditerranéen qu’il y a bel et bien un lien entre toutes choses », écrit-il dans Trois anneaux.