Auteur : Philippe Castelneau

  • Revue La Piscine — Le n° 0 est disponible

    Ça commence comme ça, par une rencontre un soir de juillet. Parce que la maison est en travaux, et parce qu’il fait beau, nous sommes dehors, assis au bord de la piscine, entourés de cyprès. La nuit tombant, la seule lumière dont nous disposons est celle des spots aux couleurs changeantes qui éclairent l’eau par en dessous. Il y a comme de la magie dans l’air. C’est Louise, je crois, qui la première, lance l’idée d’une revue. C’est une belle soirée, et c’est une belle idée. C’est aussi, d’abord, une belle histoire d’amitié. Six mois plus tard, pari tenu : le sommaire du premier numéro de La Piscine est bouclé. Nous avons reçu 230 contributions. Les textes, les photos, les dessins qui nous ont été envoyés nous ont émus, surpris, enthousiasmés. Aucun ne nous a laissé indifférent. Seulement, plus de 200 contributions pour une revue de 72 pages, nous devions faire un choix. Les discussions, les échanges entre nous furent nombreux et passionnés, à tour de rôle, nous défendions vaillamment tel ou tel texte, telle ou telle photo : le choix a été difficile, parfois déchirant, mais c’est un choix que nous assumons.
    C’est la loi du genre, certains seront déçus de ne pas figurer au sommaire de notre première livraison. Qu’ils nous pardonnent, et qu’ils se rassurent : beaucoup d’autres numéros suivront.

    La Piscine, revue graphique et littéraire, est un projet éditorial dirigé par Louise Imagine, Christophe Sanchez, Alain Mouton et Philippe Castelneau
    Le numéro zéro est en vente ici : http://j.mp/LaPiscineH20


    la-piscine-nc2b00

    Ils sont les contributeurs du numéro 0 :

    Melania Avazanto (photo)
    Lidia Badal (texte)
    Marilyne Bertoncini (texte)
    Valérie Bilodeau (texte)
    Pascal Bodin (photo)
    Sophie Boisson (texte)
    Isabelle Bonat-Luciani (texte)
    Dominique Boudou (texte)
    Emeline Bravo (texte)
    Luc Comeau-Montasse (texte)
    Antonin Crenn (texte)
    Emmanuel Darley (texte)
    Clotilde Daubert (texte)
    Benoit Debuisser (photo)
    Olivia Del Proposto (texte)
    Hélène Desplechin (photo)
    Marie Josée Desvignes (texte)
    Cattina Elettroshock (photo)
    Guillaume Estève (photo)
    Jean Yves Fick (texte)
    Virginie Gallet (texte)
    Zacharie Gaudrillot-Roy (photo)
    Laurent Herrou (texte)
    Jalaude (texte)
    Benoit Jeantet (texte)
    Andre Joaquim (photo)
    Carol L. (texte)
    Lucien Laubert (texte)
    Eloïse Lièvre (texte)
    Antoine Maine (texte)
    Laurent Margantin (texte)
    Jean Jacques Marimbert (texte)
    Edith Masson (texte)
    Joseph Melin (photo)
    Pierre Ménard (texte)
    Sébastien Ménard (texte)
    Murièle Modély (texte)
    Azilys de Nowhere (texte)
    FranKc Orsoni (photo)
    Aliénor Oval (texte)
    Nathalie Palayret (texte)
    Langda Perrin (texte)
    Thierry Radière (texte)
    Louis Raoul (texte)
    Laurie-Anne Romagne (photo)
    Sophie Rousseau (linogravure)
    Tom Rousselon (photo)
    Alice Santini (photo)
    Guillaume Siaudeau (texte)
    Laurence Skivée (dessin)
    Lucien Suel (texte)
    Jules Sylvestre (photo)
    Marlène Tissot (texte)
    Thomas Vinau (texte)
    Astrid Waliszek (texte)
    Frida Wannerberger (dessin)

    Pour acheter ce numéro : http://j.mp/LaPiscineH20

  • Cercles concentriques

    Montpellier


    Photo : Montpellier, février 2016

    Licence Creative Commons
    Flattr this

  • Derrière la porte

    La porte est entre’ouverte, qui donne sur ma chambre d’enfant : le lit à étage (je dors en bas et ma sœur au-dessus) est posé contre le mur tout de suite à droite en entrant ; ma mère m’appelle, me demande si j’ai vu mon frère ; je ne réponds pas ; il est là pourtant, comme endormi, couché sur mon lit ; c’est le lit d’un garçon de onze ans, mon frère est de dix ans mon ainé : il y a quelque chose d’incongru à voir son corps ainsi plié bizarrement, allongé à ma place, le bras gauche détendu, une sangle élastique défaite à côté ; c’est une chambre d’enfant, mais l’odeur est celle d’une chambre d’hôpital, une odeur d’éther, et je ne vois plus les jouets, soldats en plastique, peluches et livres illustrés abandonnés quelques heures plus tôt, je ne vois rien d’autre que la petite table blanche en rotin, débarrassée de son désordre habituel, sur laquelle sont posés un flacon, une seringue et une boule de coton tâchée de sang ; la porte à gauche de ma chambre, c’est celle de mon beau-père et de ma mère ; je me tiendrais exactement là, deux ans plus tard, sur le seuil, lorsque les pompiers passeront en emportant son corps nu recouvert d’un drap fin et rêche, en pleine nuit ; « tentative de suicide » entendrais-je dire, « rien de grave, elle est bonne pour un lavage d’estomac, c’est tout », rien de grave, mais pour moi ? En face, le salon, une arche en délimite l’entrée ; le salon donne sur la rue, il est lui-même divisé en deux pièces, le séjour proprement dit, où sont le piano et un grand canapé, à droite, et à gauche, la salle à manger, si l’on veut, un globe terrestre en bois qui abrite le bar, la chaine hi-fi et les étagères de livres qui courent jusqu’au plafond ; les étagères courent aussi le long du couloir, et si, partant du salon, je remonte vers ma chambre, à gauche, il y a une porte blanche, vitrée sur sa partie haute, le verre épais, dépoli, qui ouvre sur un vestibule, également envahi par les livres et au fond, une autre porte, une grande porte en bois, blanche, poignée en porcelaine tenue par un clou, qui donne sur les toilettes ; la hauteur de plafond est conséquente, du moins vue avec des yeux d’enfant, et là encore, les murs sont recouverts d’étagères de livres, mais au sommet, ce sont des revues pornographiques que je trouverais cachées là, un mercredi après-midi où j’étais seul et désœuvré ; dans le couloir, à gauche donc, les toilettes, à droite, la cuisine : une porte en pin, vitrée, carreaux jaunes, tâchés de graisse, qui ouvre sur une pièce sombre (il y a bien une ouverture, mais elle donne sur la cour, la lumière du jour est avalée par les murs des immeubles), une odeur de thé dans la cuisine, toujours, le thé du petit-déjeuner, le thé de quatre heures, le thé aussi versé dans un bac où l’on plonge des feuilles de papier pour les faire jaunir avant de les sécher et de s’en servir pour restaurer des livres anciens, achetés aux puces le dimanche matin ; les livres, toujours présents, là où j’écris aujourd’hui, la porte du bureau devant moi fermée, porte en bois clair non traité, une affiche en toile fixée dessus, un dessin de Schuiten représentant Kafka assit à une table, entouré de colonnes vertigineuses de livres, et le long des murs ici aussi, des livres jusqu’au plafond, rangés selon un classement qui n’obéit qu’à mes humeurs, souvent changeantes : aujourd’hui, à gauche, une première armoire, avec quelques beaux livres, les Casanova reliés en dix volumes, les pléiades, les ouvrages théoriques sur la photographie, puis dans les cinq meubles suivants, de tailles et de teintes différentes, les comics, les CD et la Science-fiction ; derrière le bureau, une belle bibliothèque en chêne — elle était déjà dans le salon, à Paris —, les romans, disons, pour faire vite ; pour certains classés par éditeurs, par auteurs pour les autres ; posé sur la bibliothèque, les dictionnaires (le Robert Culturel en 5 volumes, le Larousse Universel en 2 tomes de 1923, un dictionnaire d’anglais, le Grevisse, le Robert Historique), la Bible d’Osty, la poésie ; dessus encore d’autres ouvrages en attente de lecture ; à droite, d’abord les disques vinyle, la chaine hi-fi, puis trois étagères de formes inégales empilées, où sont rangés les poches, les livres sur la musique, les beaux-livres : art et photographies ; en face du bureau enfin, à droite de la fenêtre, une bibliothèque de taille plus modeste, ancienne aussi, qui me vient, celle-là, de mon père, où sont les éditions anciennes et les essais ; au sol, empilés ici ou là, des livres encore, tout cela dans un désordre invraisemblable — enfin, pour tout autre que moi —, et tout autre que moi qui pénètrerait dans cette pièce (comme cela arrive de temps en temps) serait aussitôt pris d’un sentiment de vertige, mais moi non ; ou plutôt, c’est une sorte d’ivresse qui me prend quand je referme derrière moi la porte où est l’affiche de Schuiten, un étourdissement qui m’entraine autre part, dans un appartement parisien du 8e arrondissement, à une époque révolue, un Paris et un moment qui n’ont jamais vraiment existé ailleurs qu’en moi, en un rêve que je reconstruis par petites touches, patiemment, et lorsque le soir il m’arrive de m’asseoir dans le fauteuil ou à même le sol, sur le tapis persan (qui était aussi à Paris, dans le salon), que je balade mon regard dans la pièce, je me sens bien — je pourrai dire : en paix — ; et si je ferme les yeux, je suis dans une autre pièce qui ressemble à celle-ci ; à droite en sortant, il y a la porte d’entrée, recouverte d’une épaisse tenture — une tenture derrière laquelle je me cachais certaines fois — et en face de la porte d’entrée, sur le palier, la cage de l’ascenseur à grilles, et deux étages plus bas, la rue : dehors, c’était la liberté, l’errance joyeuse, le métro, l’école buissonnière ; sitôt franchi le seuil, je m’élançais comme un chien fou, laissant derrière moi la porte de l’immeuble se refermer lourdement sur les douleurs et les blessures cachées.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre. Vidéo explicative ici, sur la chaîne youtube de François Bon.

    Licence Creative Commons
    Flattr this

  • La nuit en trompe-l’œil

    Montpellier

    La nuit est un rêve
    Le songe d’une autre vie
    Qui n’existe pas


    Photo : Reflets en trompe-l’œil, Les Halles Castellane, Montpellier, une nuit de février 2016

    Licence Creative Commons
    Flattr this