Auteur : Philippe Castelneau

  • 50 Nuances de Générateur : le dispositif

    (…) le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie.
    — Marshall McLuhan

    Qu’est-ce que le numérique change à notre façon d’écrire ? Si les outils influent sur l’oeuvre, existe-t-il une littérature proprement numérique, qui se différencierait de l’écriture mécanique (machine à écrire), elle-même distincte de l’écriture manuscrite ?
    Certainement, les contraintes diffèrent, et l’auteur qui écrit sur ordinateur n’a plus à se soucier que de la batterie de sa machine et de la sauvegarde de son texte. Il n’est plus contraint par le papier et l’encre. Il n’est plus contraint par les horaires d’ouverture et la richesse du fonds des bibliothèques auxquelles il a accès pour sa documentation : il a, en permanence, internet à sa disposition. Cela suffit-il à changer l’orientation de son texte ? Proust aurait-il écrit différemment La Recherche — aurait-il même écrit La Recherche ? — s’il avait disposé d’un ordinateur et de Google ou de Qwant ?

    Marcel Proust — À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU : les manuscrits de la Madeleine
    Marcel Proust — À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU : les manuscrits dits de la Madeleine

    On parle de réalité virtuelle ou augmentée. De quoi s’agit-il dans le cas qui nous préoccupe ? Littérature augmentée, c’est-à-dire enrichie, ou littérature virtuelle, dans le sens d’ersatz ?
    Plus sérieusement, peut-on parler de littérature numérique, comme on dit art numérique ?

    En définitive, je ne sais pas si écrire « en numérique » change le texte, mais je crois qu’il est possible de créer une oeuvre littéraire originale authentiquement numérique, c’est-à-dire une oeuvre qui ne se conçoit pas autrement qu’en recourant aux outils numériques.

    C’est ce à quoi je me suis attelé avec mon projet 50 nuances de générateur.

    E.L. James a écrit ses 50 shades of Grey d’abord comme une fan-fiction s’inspirant des personnages de la saga Twilight, qu’elle a publiée sur son blog. Anna Todd, avec After, a fait elle aussi une fan fiction, cette fois autour d’un des membres du groupe One Direction, qu’elle a rédigée sur son smartphone, et publiée sur Watpad. Dans les deux cas, le succès fut considérable. La qualité littéraire, sans faire insulte aux nombreux lecteurs et aux deux auteurs, n’était pas l’enjeu de ces textes. Surtout, ils ont donné naissance à un genre à part entière, la « new romance ». Un genre extrêmement codifié, à mille lieues de toutes exigences créatives et reposant sur l’accumulation de clichés (1). À tel point que Lisa Wray, une développeuse américaine, a eu l’idée d’écrire un programme informatique générant des textes parodiques, à la manière de 50 nuances de Grey.

    Le concept m’a plu, et j’ai voulu le pousser plus loin. Ainsi, j’avais accès à des textes, en anglais, « écrits » par une machine. Que se passait-il si je demandais à Google de les traduire en français ? Que devenait cette traduction, si après je la faisais mouliner dans une machine à fabriquer des cut-up ? Pouvais-je enfin me réapproprier les mots, tordre en quelque sorte le texte, et y réinjecter de la littérature ? C’est tout l’objet de mon travail.

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    Il restait ensuite à trouver les moyens de sa diffusion : un site web sur lequel le texte est publié par épisodes, à raison d’un ou deux par semaine, et un livre qui en reprend la totalité, les deux disponibles simultanément. L’oeuvre se produit, en même temps qu’elle est déjà produite.

    Le site est accessible à tous, gratuitement.
    Le livre — volontairement produit là encore par un procédé numérique — est vendu 10€, frais de port inclus.
    L’ensemble, que j’aimerai indissociable, forme un « dispositif », au sens où on l’entend d’une installation artistique.


    Notes :
    (1) comme le souligne très justement Camille Emmanuelle dans son livre Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite, aux Éditions Les Échappés.

    — Pour consulter le site dédié, c’est ici.

    — Pour acheter dès aujourd’hui le livre reprenant les 50 textes, il suffit de cliquer .


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  • Un homme dans la ville

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    Photo : Paris, juillet 2014

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  • Dreamin’ about California

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    So if you’re dreamin’ about California,
    It don’t matter at all where you’ve played before
    California’s a brand-new game.

    Larry Gatlin & The Gatlin Brothers (All the gold in California)

    À San Francisco, comment ne pas aller ici ? Comment résister à l’envie de photographier, encore et encore, sous tous les angles possibles, ces structures métalliques « orange international », ces câbles enchevêtrés, Alcatraz et la Baie au loin ?
    On réalise très vite que tous nos clichés sont clichés, déjà pris mille fois par d’autres, vus et revus ailleurs.
    Puis on se dit que le pont peut ne pas être le sujet principal de la composition, et on se met à regarder autour ceux qui regardent le pont, ceux qui regardent ceux qui les photographient devant le pont. Et on regarde ceux qui habitent la Baie, et qui viennent là pour leur jogging dominical, sans plus même un regard pour le Golden Gate et ses touristes.


    Photo : San Francisco depuis le Golden Gate Bridge, octobre 2013.

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  • Chaud devant !

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    Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. (Jean-Paul Sartre)


    Photo : Paris, août 2016

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