Étiquette : poème express

  • Chercher refuge

    Chercher refuge

    (…) on avait devant soi le clocher qui, doré et cuit lui-même comme une plus grande brioche bénie, avec des écailles et des égouttements gommeux de soleil, piquait sa pointe aiguë dans le ciel bleu. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)

    Je vis ces jours-ci mon moment »Perfect Days« . Je me lève à 6h, j’ouvre aux chats et je souris au ciel, je médite, j’écris, photographie les arbres et les fleurs, et je lis beaucoup. Pour la première fois cette année, je suis sorti boire mon café sur la terrasse. L’air était frais, la Lune montrait encore son dernier croissant, la journée promettait d’être belle. 

    Je répète chaque jour les mêmes rituels, je suis joyeux, et je crois être heureux. Peut-être cela cache-t-il une angoisse plus sourde, la crainte des différentes annonces que doivent me faire bientôt les médecins.

    Je me suis enfermé dans une bulle hors du temps, où la répétition des rituels vient en quelque sorte abolir toute temporalité. C’est sans doute pourquoi j’ai choisi ce moment pour lire Proust, dont la lecture aussi semble sans fin. Je me laisse engourdir par les phrases à la beauté sublime qui se déroulent paresseusement au fil des pages ; engourdir par la répétition de mes rituels, par la magie de la nature.

    Et puis, je fais aussi des blackout poems !

  • Terres reconquises sur l’oubli

    (…) pendant des heures, immobile, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l’oubli qui s’assèchent et se rebâtissent… (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)

    Qu’est-ce qui me retient d’avancer, ces derniers jours ? La peur de réussir. La peur de ne pas y arriver. « Je sais que tu peux le faire », me dit ma petite voix. Elle est là, de retour… Je sais que je peux le faire. Une brique après l’autre, je consolide mes fondations. Je fais de mon mieux. Je laisse filer le reste.

    J’ai deux journaux déjà écrits : celui tenu au Japon ; un autre, plus intime. J’ai encore à découvrir comment les mêler l’un à l’autre de manière fluide, harmonieuse pour en faire un livre. Pour y arriver, je dois procéder par étapes. Les reprendre à la main, identifier les motifs, et travailler à partir de ceux-ci : creuser les pistes qui inévitablement s’ouvriront ; procéder par association d’idées. Le reste viendra naturellement.

    Et un tout autre projet : un travail d’archiviste, mené à distance avec l’un de mes frères, une tentative de reconstitution du puzzle familial… Reconquérir des terres sur l’oubli… Ça ressemble beaucoup à ça, et c’est passionnant !


    je vis sans journaux
    me faudrait noircir mes livres
    for black-out poetry

    … m’écrit une amie. Les boîtes à livres de ce côté-ci de l’Atlantique sont remplies de bouquins dont personne ne veut : couvertures déchirées, pages jaunies ou arrachées… J’en ai fait une récolte l’autre jour (en plus d’un John Fante que j’ai aussitôt offert à mon plus jeune fils !), et je m’en sers pour ces poèmes presque ready-made.


    Levé ce matin à 6 h. 15 min de méditation. Écris un haïku, créé un blackout poem, mis en forme et imprimé l’un des deux journaux dont je parle plus haut, lu un peu plus d’une heure en terrasse. Pas mal, et il n’est que 14 h 20 !

  • Parfaitement calme, mais vivant

    Petit exercice de Blackout Poetry, remis au goût du jour par Austin Kleon il y a quelques années. Amusant, non ?