Étiquette : poème express

  • Extase « olo »-graphique

    La couleur « olo » ne se trouve pas sur un nuancier Pantone. Elle ne peut être expérimentée que dans une petite pièce de 3 mètres sur 4, située en Californie du Nord. Cet espace exigu, dans un laboratoire du campus de l’UC Berkeley, abrite une installation de lentilles et autres dispositifs fixés sur une table. Pour voir « olo », il faut s’approcher au plus près de la table, mordre dans un dispositif afin de bloquer sa mâchoire, et garder la tête aussi immobile que possible. Un laser sera alors dirigé vers l’un de vos yeux, ciblant plus d’un millier de cellules cônes de votre rétine. (Les scientifiques auront préalablement cartographié leur emplacement.) Les lasers stimuleront votre vision des couleurs d’une manière sans équivalent dans le monde naturel : sur un fond gris, un petit carré de couleur exotique apparaîtra, légèrement décentré par rapport au point focal de votre vision. Il pourra légèrement scintiller, selon ce qui se passe avec l’installation, mais il sera indéniablement . — Ross Andersen : L’Expérience « bouleversante » de voir une nouvelle couleur (The Atlantic)


    Sous mes paupières closes
    Olo, couleur sans mémoire
    Bleu-vert impossible

  • La pluie, suivie de deux poèmes

    La pluie, suivie de deux poèmes

    Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)


    Pleures-tu parfois ?
    Une seule fois, ai-je dit
    Plus jamais depuis

    J’ai posté hier l’infolettre du mois de mai (avec un peu d’avance, donc. Mais celle d’avril était sortie en mars). Si vous ne l’avez pas reçue, vous pouvez la lire ici (vous pouvez aussi vous y abonner pour l’avoir directement dans votre boîte mail).

    Envoyée aussi il y a quelques jours, la 8e lettre consacrée à mes photos, bruit/blanc. Un projet initié fin décembre, et déjà 8 numéros ! Je ne sais pas combien de temps je continuerai, mais pour le moment, je m’y tiens (la 9e est déjà prête, c’est dire !).

    J’ai pris la photo en tête de ce billet en mars 2014. Elle me parle toujours beaucoup.

  • Je rêvais…

    Je rêvais…

    Tout d’un coup mon père nous arrêtait et demandait à ma mère : « Où sommes-nous ? » Épuisée par la marche, mais fière de lui, elle lui avouait tendrement qu’elle n’en savait absolument rien. Il haussait les épaules et riait. Alors, comme s’il l’avait sortie de la poche de son veston avec sa clef, il nous montrait debout devant nous la petite porte de derrière de notre jardin qui était venue avec le coin de la rue du Saint-Esprit nous attendre au bout de ces chemins inconnus. Ma mère lui disait avec admiration : « Tu es extraordinaire ! ». Et à partir de cet instant, je n’avais plus un seul pas à faire, le sol marchait pour moi dans ce jardin où depuis si longtemps mes actes avaient cessé d’être accompagnés d’attention volontaire : l’Habitude venait de me prendre dans ses bras et me portait jusqu’à mon lit comme un petit enfant. — Marcel Proust (Du côté de chez Swann)