Étiquette : haiku

  • Kinder Planetario

    On sait bien qu’en plus de sa vocation de photographe, Sergio Larrain enseignait le yoga et la peinture. Mais il fut surtout un mystique qui écrivait: c’est ce qu’il n’a jamais cessé de faire. Il a écrit plus qu’il n’a photographié, même si la plupart de ses textes étaient comme des descriptions photographiques, des sortes de haïkus qui parlaient d’une ombre dans un arbre et d’une ligne qui traversait un mur.

    La grande œuvre à laquelle il consacra la seconde partie de sa vie est la centaine de petits livres qu’il fabriquait à la main et qu’il réunit sous le titre Kinder Planetario. Au début, il les reproduisait en photocopies, mais par la suite ils furent imprimés. Ces publications circulèrent à profusion quand il résidait à Limari, et elles sont maintenant conservées par les nombreuses personnes à qui il les envoyait par courrier, avec son insistance habituelle. Ce sont des objets hybrides, simples et beaux, très chargés, qui contiennent des poèmes, des analyses sur la situation globale, des instructions pour la méditation, des réflexions spirituelles, des exercices pratiques et surtout des indications sur la façon de mener sa vie. Il y a des dessins, des textes, des extraits de presse et des photos d’autres livres. — Catalina Mena (Sergio Larrain, la photo perdue — Atelier EXB)


    Dans la pénombre du bureau, écrire l’intime, des messages sans destinataire et lancés à la mer. Posts de blogs ou petits livrets photocopiés, mêlant textes et photos, comme autant de haïku.

    Si personne ne pouvait me voir
    je bâtirais en silence
    un refuge sans enseigne

  • Extase « olo »-graphique

    La couleur « olo » ne se trouve pas sur un nuancier Pantone. Elle ne peut être expérimentée que dans une petite pièce de 3 mètres sur 4, située en Californie du Nord. Cet espace exigu, dans un laboratoire du campus de l’UC Berkeley, abrite une installation de lentilles et autres dispositifs fixés sur une table. Pour voir « olo », il faut s’approcher au plus près de la table, mordre dans un dispositif afin de bloquer sa mâchoire, et garder la tête aussi immobile que possible. Un laser sera alors dirigé vers l’un de vos yeux, ciblant plus d’un millier de cellules cônes de votre rétine. (Les scientifiques auront préalablement cartographié leur emplacement.) Les lasers stimuleront votre vision des couleurs d’une manière sans équivalent dans le monde naturel : sur un fond gris, un petit carré de couleur exotique apparaîtra, légèrement décentré par rapport au point focal de votre vision. Il pourra légèrement scintiller, selon ce qui se passe avec l’installation, mais il sera indéniablement . — Ross Andersen : L’Expérience « bouleversante » de voir une nouvelle couleur (The Atlantic)


    Sous mes paupières closes
    Olo, couleur sans mémoire
    Bleu-vert impossible

  • La pluie, suivie de deux poèmes

    La pluie, suivie de deux poèmes

    Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)


    Pleures-tu parfois ?
    Une seule fois, ai-je dit
    Plus jamais depuis

    J’ai posté hier l’infolettre du mois de mai (avec un peu d’avance, donc. Mais celle d’avril était sortie en mars). Si vous ne l’avez pas reçue, vous pouvez la lire ici (vous pouvez aussi vous y abonner pour l’avoir directement dans votre boîte mail).

    Envoyée aussi il y a quelques jours, la 8e lettre consacrée à mes photos, bruit/blanc. Un projet initié fin décembre, et déjà 8 numéros ! Je ne sais pas combien de temps je continuerai, mais pour le moment, je m’y tiens (la 9e est déjà prête, c’est dire !).

    J’ai pris la photo en tête de ce billet en mars 2014. Elle me parle toujours beaucoup.

  • San Remo dans un carnet

    San Remo dans un carnet

    San Remo, avril 2024 © Philippe Castelneau
    San Remo, avril 2024 © Philippe Castelneau
    San Remo, avril 2024 © Philippe Castelneau

    Reprendre la main
    Noter sur un carnet
    L’éphémère quotidien

    Envie d’Italie. Envie d’évasion. Je pose là ces trois photos de San Remo, en souvenir de ce moment déjà loin.

    Plusieurs jours que je note mentalement des choses, sans avoir de carnet sous la main. J’ai un téléphone dans ma poche, avec des applis de prise de notes, mais ça ne va pas. Des jours que je regrette de n’avoir pas toujours l’appareil photo avec moi. Le téléphone fait aussi des photos, ça n’est pas celles-là que je veux.

    Écrire à la main, je peux le faire sans baisser les yeux. L’image avec l’appareil photo, elle est tout entière dans mon œil. Je suis alors absolument présent au monde, dictant à la main qui écrit ou déclenche. Et tant pis si la photo est floue, tant pis si je n’arrive pas toujours à me relire. L’émotion, elle, reste.

    J’ai rechargé la batterie du Ricoh, et glissé le carnet dans mon sac. Prêt pour tout ça, qui se présente sans prévenir, et viendra nourrir les livres. En attendant l’Italie.