Étiquette : écrire

  • Moins, mais mieux

    J’ai terminé en début d’après-midi le premier jet de la nouvelle qu’on m’a commandée (j’en dirai plus le moment venu !), qui est due le 15 juin prochain. 6285 caractères, espaces comprises. Quelques heures plus tard, à l’aide de la méthode Pomodoro, qui consiste à diviser la session de travail en 25 minutes de concentration suivies de 5 minutes de repos, j’ai repris le texte et réduit la nouvelle à 5356 caractères. Objectif : 4000 caractères (la consigne qui m’a été donnée). J’y reviendrai demain, avant de laisser reposer quelques jours. La meilleure manière pour y revenir avec un œil neuf !

    Ce que tu écris 
    T’es-tu seulement demandé
    Qui voudrait le lire ?

    L’indifférence à l’égard des personnes et de la réalité dans laquelle elles vivent est en fait le seul et unique péché capital en matière de design. — Dieter Rams

    Entre mes deux sessions de travail, je me suis autorisé à regarder le documentaire que Gary Hustwit a consacré à Dieter Rams, figure emblématique du design industriel allemand, qui inspira grandement Jony Ives, le grand architecte des produits Apple de 1992 à 2019. 

    Directeur du design chez Braun pendant près de 40 ans, Rams a créé des produits à l’élégance minimaliste devenus iconiques, et révolutionné notre rapport aux objets quotidiens. Son expression favorite, « Less, but better » (Moins, mais mieux), inspirée du Bauhaus, résume assez bien son approche du design comme un acte responsable, la recherche d’une fonctionnalité pure, exprimée avec une clarté formelle absolue.

    Un chouette documentaire, et une pause bienvenue et inspirante dans un après-midi finalement très studieux.

  • Géographies intimes

    Les lieux que nous avons connus n’appartiennent pas qu’au monde de l’espace où nous les situons pour plus de facilité. Ils n’étaient qu’une mince tranche au milieu d’impressions contigues qui formaient notre vie d’alors ; le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant ; et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années. (Marcel Proust — Noms de pays : le nom)


    J’ai continué tous ces derniers jours le travail sur mon manuscrit. J’avance par soustraction, des idées se mettent en place, les différents éléments s’agencent peu à peu. Je ne dois pas perdre de vue la forme envisagée plusieurs fois, quand bien même elle reste encore floue : le recours aux notes de bas de page, le commentaire, la digression comme enrichissement du texte ! La construction circulaire chère à Mendelsohn, le motif de Grothendieck, le leitmotiv de Wagner, composante essentielle de mon livre : la petite musique qui est associée à chacun des thèmes du livre… Comment ça vient ? Une phrase, comme une formule magique, une phrase-code qui ouvre la page, comme un mot de passe ouvre une page web privée ?

    Tu crois te souvenir
    Les lieux que tu as connu
    N’existent qu’en toi

    Poétique du roman, comme le dit François Bon dans ses indispensables « outils du roman ». Jeudi dernier à la librairie Sauramps, Juliette Rousseau, lauréate du prix Habiter le monde, présentait son livre Pèquenaude, constitué de fragments qui mêlent souvenirs, essais, poésies… Je ne l’ai pas encore lu, mais l’idée que je m’en fais correspond un peu à ce que je veux faire avec mon livre.


    À propos de nouveautés, mon ami Thierry Crouzet sort un nouveau livre le 10 juin prochain. Un roman d’amour fusionnel à la frontière du noir et du fantastique. Ça commence comme ça :

    Tout commença par une blague. Ils étaient à la plage. Elle attendait qu’il lui dise « Je t’aime », il parlait des voiliers au large, du château de sable construit par les enfants de la grosse femme, des filles bronzées qui jouaient au volley, mais il ne lui disait pas « Je t’aime ». Alors, quand il dit : « On se baigne ? » Elle dit : « On se baigne ? » Il la regarda, fronçant les sourcils. « Tu te moques de moi ? » Elle l’imita et dit : « Tu te moques de moi ? » Il éclata de rire et elle éclata de rire. Il dit : « Non, tu ne vas pas jouer à ce jeu de gamin. » Elle lui dit : « Non, tu ne vas pas jouer à ce jeu de gamin. » Il finit par s’énerver et elle s’énerva, puis quand il se tut, elle se tut ; et quand il se leva pour se baigner, elle se leva pour se baigner. Ils sautèrent par-dessus les premières vagues, dépassèrent les autres baigneurs, nagèrent jusqu’au banc de sable, où l’eau leur arrivait aux épaules. Quand il tendit les bras vers le ciel immaculé, elle se plaça en face de lui, debout, les bras tendus vers le ciel immaculé. Il avança d’un pas vers elle, elle d’un pas vers lui, et son visage se retrouva à quelques millimètres du sien. Quand une vague les rapprocha, il replia ses bras autour d’elle, et elle replia ses bras autour de lui. Il glissa une main vers le creux de ses reins, elle glissa une main vers le creux de ses reins. Il l’embrassa, elle l’embrassa, longtemps, indéfiniment. Ils se perdirent l’un dans l’autre et s’oublièrent.

    Épicènes est publié par les éditions À la flamme, et d’ores et déjà disponible en précommande un peu partout, là par exemple.

    Vous pouvez en découvrir les premières pages ici.


    Enfin, il me tarde de lire le nouveau livre de Marlen Sauvage :

    « Il m’a fallu un an pour écrire ces Destins de femmes », écrit Marlen sur son site. « Au-delà de faire connaissance avec ces femmes d’un autre temps, mon propos était d’en saisir la vie au plus près de leur réalité quotidienne selon un angle précis : mortalité en couches, inceste, illettrisme… Mais loin de faire de ces femmes les victimes d’une société pourtant inégalitaire, j’ai tenté de déceler en chacune l’aptitude à la résilience. »

    Destins de femmes ce commande ici.

  • Cinq mots écrits par d’autres

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    Cinq mots écrits par d’autres. Cinq mots, pas les miens. Commencer par ça, peut-être.
    La proposition est en ligne. Cinq mots, et quoi après ?

    La proposition est lue. Lue une première fois, très vite, une seconde fois aussitôt après — une deuxième lecture qui s’arrête sur les mots, les pèse, évalue.
    Ensuite, c’est le temps long de l’incubation. L’écriture est un virus, disait William Burroughs, ou quelque chose comme ça. Il faudrait retrouver la citation exacte. Taper la requête dans le moteur de recherche, attendre que s’ouvre la page. Tâcher de se souvenir de faire ça, plus tard.

    Au bout de quelques jours, relire la proposition. S’asseoir devant l’ordinateur. Relire, tordre les mots, chercher un sens au-delà du sens. Se laisser porter par la proposition, y trouver une poésie qui n’appartient qu’à soi, se laisser bercer par elle. Ouvrir le logiciel de traitement de texte, laisser courir les doigts sur le clavier. L’écriture est un virus qui fait s’agiter convulsivement les doigts tandis que la pensée vagabonde, bercée par le bruit des touches qui fait comme une pluie fine dans le petit matin.

    La pensée est distraite par une douleur au bas du dos qui se réveille. Douleur légère, à peine perceptible, mais qui bientôt occupe tout l’espace mental. Douleur parasite. Écriture virus. Réaction du corps, bêtabloquants : l’écriture se fait avec le cœur. Effets secondaires des bêtabloquants : cauchemars, insomnie, fatigue (Wikipédia). Des mots en bleu sur la page de l’encyclopédie en ligne, liens hypertextes ; il faudrait ne pas se laisser distraire, revenir à son travail. Trop tard, le doigt glisse déjà sur la souris, la page demandée s’affiche aussitôt, que l’on recopie pour partie (texte copié-collé/lu-relu) : « Un cauchemar est une manifestation onirique, durant le sommeil paradoxal, pouvant causer une forte réponse émotionnelle négative de l’esprit, plus communément de la peur ou de l’horreur, mais également du désespoir, de l’anxiété et une grande tristesse. Ce type de rêve peut impliquer une ou plusieurs situations de danger, de mal-être et de terreur psychologique ou physique. Les individus se réveillent souvent dans un état de détresse et certains même ont du mal à retrouver le sommeil durant une période ».
    Matière à écrire. Idée séduisante, encore faudrait-il faire des cauchemars. L’écriture est un rêve. Au-delà du rêve : un état modifié de conscience.

    Les cloches de l’église sonnent sept heures. Fin de la séance d’hypnose. La lumière perce à travers les volets. Un chien aboie. Une voiture passe. Une autre encore. Se lever, déjeuner ; se doucher et s’habiller. Ouvrir la porte d’entrée, laisser entrer la lumière du jour, sortir dans la rue. Marcher jusqu’à la voiture, s’asseoir, mettre le contact et rouler, rouler, rouler…


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon, un été 2014.
    Photo : Cycle et recycle — Sète, mai 2014

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  • C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) – #3

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    Troisième épisode : Death by misadventure (à propos de la mort de Brian Jones, ou quand la rumeur fait la légende)

    Partir d’une proposition d’écriture de François Bon, qui mêle Franz Kafka et Roland Barthes, pour s’interroger sur les conditions de la mort de Brian Jones, le 3 juillet 1969.

    Brian Jones, de son vrai nom Lewis Brian Hopkins Jones, né le 28 février 1942 à Cheltenham, Gloucestershire, est mort noyé dans sa piscine en juillet 1969. Il avait 27 ans. Il était connu pour avoir créé les Rolling Stones. Mais il avait perdu son emprise sur le groupe au profit de Keith Richards et Mick Jagger, qui ont fini par l’exclure quelques semaines avant sa mort.

    Brian Jones s’est vu signifier le 8 juin 1969 qu’il ne faisait plus partie des Rolling Stones. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, peu après minuit, il est retrouvé inconscient dans sa piscine, à Cotchford Farm dans le Sussex. Étaient présents dans la résidence sa petite amie suédoise Anna Wohlin, son factotum, Frank Thorogood et la compagne de ce dernier, Janet Lawson. L’enquête conclura à une mort par accident.

    Brian Jones avait un différend avec son factotum, qui portait sur une malversation financière. Les deux hommes avaient bu, et puis se sont baignés dans la piscine. Une rumeur courut un temps : Frank Thorogood aurait cherché à humilier Brian Jones en lui maintenant à plusieurs reprises la tête sous l’eau. Bien des années plus tard, sur son lit de mort, Thorogood aurait confié : c’est moi qui l’ai fait.

    En 2008, Scott Jones, journaliste d’investigation pour le Mail on Sunday, prétendit avoir retrouvé la trace de personnes présentes chez Brian Jones le soir de sa mort, et découvert dans les archives de la police des éléments nouveaux. L’enquête fut à nouveau examinée en août 2009, mais les experts estimèrent que ces éléments ne contredisaient pas la thèse d’une mort par accident. Restait l’inexplicable : musicien hors pair, Brian Jones était aussi un nageur émérite.


    Partir d’une chanson, d’un évènement, d’une photo ou d’un objet et raconter ses impressions : C’est seulement du rock’n’roll (mais j’aime ça) est une promenade aléatoire et subjective dans mes souvenirs musicaux. Pas de contrainte de publication, ça vient comme ça peut, mais ces textes courts, publiés en ligne, sont néanmoins appelés à former un ensemble cohérent.

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