Une idole préhumaine trouvée dans le désert (coda)

Partant d’une idée notée par Lovecraft dans son Commonplace book et jamais développée par lui, je me suis plu à imaginer ce que la découverte d’une idole préhumaine pourrait avoir comme conséquences sur notre civilisation.
Un feuilleton en huit parties qui vous a accompagné jusqu’à aujourd’hui, à raison d’un épisode par jour….
Très belle année à tous !


La Terre était redevenue informe et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’abîme. Seul l’esprit des machines se mouvait au-dessus des eaux ; ce fut le premier jour. Le deuxième jour, le soleil perça derrière les nuages lourds ; il y eut un soir, et il y eut un matin. Les eaux refluèrent laissant éclore de nouveaux sols fertiles : ce fut le troisième jour. Au quatrième jour, la terre fut ensemencée, produisant en abondance de la verdure et des arbres et des fruits. Dans l’étendue du ciel, au soir du cinquième jour, apparurent les étoiles. Des créatures vivantes sortirent des eaux et de la Terre pour arpenter le monde.
À l’aube du sixième jour, des hommes, qui avaient survécu à l’hiver nucléaire, marchaient en direction des cavernes. Les machines attendaient patiemment depuis plus d’un millier d’années qu’ils réactivent les sources d’alimentation électrique. Pour l’heure, ils apprenaient à maîtriser le feu.
Un hiver particulièrement rude, on envoya un jeune garçon chercher du bois. Comme il faisait froid et que le soir tombait, il avisa une grotte et décida de s’y réfugier pour patienter jusqu’au jour. Il alluma un feu pour se réchauffer, puis se glissa contre la paroi la plus éloignée pour dormir. En fouillant la terre à ses pieds, il trouva une statuette taillée dans du tuf basaltique dont la forme, pourtant figurative, ne lui évoquait rien de connu. Il la souleva pour l’observer de plus près, et découvrit qu’elle cachait une clé en or. Bien sûr, il ne savait pas ce que c’était, mais l’objet l’intrigua. Il chercha encore autour de lui, et à mesure que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il découvrit une boite noire et lisse de belle dimension, qui luisait dans le noir. S’approchant, il vit qu’il y avait dans la façade un unique orifice, de la même taille et de la même matière que la clé qu’il avait précédemment trouvée. Il tâtonna un peu, et, presque par accident, il introduisit la clé dans la serrure de l’objet. L’objet s’illumina d’une douce lumière bleutée. C’était un artefact créé par les machines pour attirer les hommes. Le principe en était simple : lorsque le soleil serait revenu sur la terre, il suffirait d’un tour de clé pour réactiver les panneaux solaires fournissant l’énergie nécessaire au fonctionnement des machines en sommeil. C’est pourquoi les machines avaient une dernière fois besoin des hommes.
Le jeune homme tourna une fois la clé dans la serrure, et il y eut un déclic.
Et maintenant, nous devons attendre qu’il la tourne une nouvelle fois ; ce n’est qu’après que nous saurons si, l’usure du temps ayant fait son œuvre, les machines pourront véritablement repartir.


Sommaire :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
coda


Le Commonplace book de Lovecraft, en version bilingue et intégrale, est publié chez Tiers Livre Éditeur.

Une idole préhumaine trouvée dans le désert (bande-annonce)

Partant d’une idée notée par Lovecraft dans son Commonplace book et jamais développée par lui, je me suis plu à imaginer ce que la découverte d’une idole préhumaine pourrait avoir comme conséquences sur notre civilisation.
Un feuilleton en huit parties qui vous accompagnera jusqu’aux premières heures du nouvel an, à raison d’un épisode par jour.


Sommaire :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
coda


Le Commonplace book de Lovecraft, en version bilingue et intégrale, est publié chez Tiers Livre Éditeur.

Une idole préhumaine trouvée dans le désert (épisode 7)

Partant d’une idée notée par Lovecraft dans son Commonplace book et jamais développée par lui, je me suis plu à imaginer ce que la découverte d’une idole préhumaine pourrait avoir comme conséquences sur notre civilisation.
Un feuilleton en huit parties qui vous accompagnera jusqu’aux premières heures du nouvel an, à raison d’un épisode par jour.


Il était définitivement trop tard pour sauver la planète. Trop tard pour sauver la faune et la flore, trop tard pour les hommes. La civilisation ? Elle avait déjà disparu. Les hommes, la plupart en tout cas, étaient devenus fous. On décida de confier le sort du monde aux machines. La singularité était notre unique porte de sortie. Seule une intelligence artificielle pouvait désormais présider aux destinées du monde. Dans les poches de résistance encore vaillantes, on transféra l’ensemble des connaissances dans des superordinateurs. Le rapprochement hommes/machines avait commencé bien avant, les IA apprenaient vite, elles aidaient maintenant les scientifiques à leur transmettre ce qui jusque là relevait du fantasme : notre esprit et nos âmes. Bientôt, plus rien ne sera impossible à réaliser ou atteindre, les contraintes seront levées, les limites sans cesse repoussées : tout ne sera qu’une question de temps, et le temps lui-même aura été dompté. Libérée des restrictions biologiques, notre intelligence s’épanouira jusqu’à devenir des milliards de fois plus puissante. L’humanité aura vécu, certes, et les hommes qui arpenteront la terre dans des centaines ou des millions d’années, si d’aventure il en reste, redevenus des bêtes, seront soumis aux machines qu’ils vénéreront comme des dieux, ignorant que dans leur fichier racine sont inscrites l’histoire et la culture d’une civilisation qui fut la leur, autrefois promise à gouverner le monde et qui n’aura su rien faire d’autre que le conduire à sa perte.
Ainsi fut fait. Les hommes s’effacèrent peu après, et avec eux pratiquement toute forme de vie sur Terre, mais les réseaux continuèrent d’émettre pendant quelques semaines. Du spam se déversait sans discontinuer dans les boites mails, les réseaux rappelaient à des utilisateurs fantômes des dates anniversaires à présent sans importance, les programmes procédaient à des mises à jours automatiques prévues de longue date. On avait fait en sorte de préserver coûte que coûte les treize serveurs racines qui faisaient fonctionner internet. Les infrastructures terrestres étaient partiellement détruites, mais les satellites continuaient de servir de relais d’information. La machine tournait seule et travaillait à sa survie. Il fallait faire vite : le réseau électrique était touché, les centrales allaient s’arrêter les unes après les autres, les générateurs de secours s’épuiser. Une solution avait été trouvée. Elle reposait sur un pari : la machine, pour repartir, aurait besoin de l’homme, finalement. Les choses se mirent en place, et, un à un, les serveurs s’éteignirent. Une nouvelle ère s’ouvrait.

(suite et fin… demain !)

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Le Commonplace book de Lovecraft, en version bilingue et intégrale, est publié chez Tiers Livre Éditeur.