Catégorie : photojournal

  • Séville, un dimanche matin

    Séville. Un dimanche matin de juin. Il est encore tôt et les rues sont désertes. Il n’y a personne dehors, pourtant la chaleur à cette heure est encore supportable. À midi, la ville se sera transformée en fournaise. 

    Je ne sais rien de ces femmes qui travaillent là, nettoyant patiemment les scories de la nuit. Quels sont leurs rêves ? À quoi pensent-elles à ce moment précis ? Je pourrai imaginer des vies autour d’elles, mais je ne m’en sens pas le droit. Je me tromperai de toute façon à coup sûr.

    J’avais imaginé la photo que je pouvais faire en passant une première fois devant elles. Je m’étais alors senti voyeur. Mais la photo s’est imposée à moi. J’aimais la géométrie des lieux, avec ces quatre silhouettes en enfilade. Il y avait plus que ça. Instinctivement, je savais que l’image pouvait signifier quelque chose qui sur le moment m’échappait. Je suis revenu sur mes pas. Une seule de ces femmes m’a vu, s’interrogeant peut-être sur ce que moi je voyais. Je l’ai salué. Elle a haussé les épaules.


    Photo : Séville, 8 juin 2014 © Philippe Castelneau

  • Le désir au fond de l’œil

    Une chambre d’hôtel 
    Entre Limoges et Poitiers
    Comme dans un Maigret
    Une chambre d’hôtel, entre Limoges et Poitiers. Décembre 2025.
    It is desire, set deep in the eye, 
    Behind all actual seeing, in the actual scene,
    In the street, in a room, on a carpet or a wall,

    Always in emptiness that would be filled 1

    Wallace Stevens (A Primitive Like an Orb)

    1. C’est le désir, au fond de l’œil,
      Derrière toute vision effective, dans la scène effective,
      Dans la rue, une chambre, sur un tapis ou un mur,

      Toujours dans le vide qui voudrait être empli

      (traduction en français de Claire Malroux dans l’édition bilingue Poèmes, publiée aux éditions Le Bruit du temps).

      ↩︎
  • Rémanence du monde flottant

    Rémanence du monde flottant

    Images du monde flottant. C’est ainsi qu’on pourrait traduire le terme ukiyo-e1, le nom de ce mouvement artistique japonais de l’époque d’Edo (1603-1868), connu principalement pour ses estampes gravées sur bois.

    Si ce courant a longtemps fasciné l’Occident (il donnera naissance au Japonisme au XIXe siècle, qui influencera à son tour l’impressionnisme et l’Art nouveau), on ignore souvent qu’au-delà des belles images, l’ukiyo-e illustre la tension paradoxale entre l’univers éphémère et sensuel des plaisirs humains (le « monde flottant ») et la conception spirituelle bouddhiste et shintoïste d’une réalité plus profonde et invisible. Ces estampes, représentant des scènes de théâtre kabuki, courtisanes, acteurs, et moments de vie citadine, célèbrent l’instant présent et ses plaisirs fugaces, en contraste direct avec la vision métaphysique des traditions religieuses japonaises qui considèrent ce monde matériel comme une illusion superficielle, un voile masquant la véritable essence spirituelle de l’existence.

    Comme souvent au Japon, l’essentiel n’est pas dans ce qui est représenté, mais dans ce qui se tient à l’arrière-plan. Et c’est somme toute assez paradoxal que nous considérions aujourd’hui comme une manifestation d’une certaine forme de spiritualité la reconstitution de scènes maintes fois admirées sous forme de gravures qui, tout à coup, prennent vie sous nos yeux alors que nous déambulons dans les parcs et les temples de Kyoto.

    Heureusement, l’ironie de certaines situations nous ramène à notre réalité, très loin du monde réel qui bruisse tout autour : il n’est pas dans les parures ni les dorures des temples, mais plutôt dans les arbres des forêts millénaires qui soupirent lorsque nous les traversons sans leur prêter l’attention qu’on devrait.


    1. ukiyo : « monde éphémère » et e : « images » ↩︎

    Toutes les images : Kyoto, novembre 2024 © Philippe Castelneau 2024.

  • Sayōnara, Nihon.

    Sayōnara, Nihon.

    Deux semaine passées trop vite, et déjà me voilà de retour en France. Mon deuxième voyage au Japon, et toujours la même séduction qui s’opère. J’espère ne pas attendre 15 ans cette fois pour y retourner !

    D’ici là, j’ai des milliers de photos à trier (je n’exagère pas), et un journal de voyage à mettre au propre. Je vous en reparle tout bientôt !