Carnet de notes & pensées aléatoires

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  • Les choses essentielles

    Les choses essentielles

    Ce que je reproche aux journaux, c’est de nous faire faire attention tous les jours à des choses insignifiantes tandis que nous lisons trois ou quatre fois dans notre vie les livres où il y a des choses essentielles. (Marcel Proust — Du côté de chez Swann)


    Marcel Proust. Je me suis enfin lancé à l’assaut du monument. 1 % de lu, des milliers de pages encore… J’y trouve ce que j’attendais : une écriture magnifique, et un léger ennui, sans que cela devienne rédhibitoire. Si le récit en lui-même ne me procure pas de véritable plaisir pour l’instant, l’écriture, la structure du récit et la façon dont les phrases sont construites m’émerveillent et m’inspirent.

    Et puis, l’histoire : je suis sincère en disant qu’elle m’ennuie parfois, mais elle me rappelle par moment celle que me racontait mon père au sujet de notre famille, et tout à coup, me voilà pris dedans.

    Alors certes, cette lecture va m’occuper quelques semaines, mais, comme Proust le fait dire à l’un de ces personnages, c’est dans les livres que sont les choses essentielles. Où, comme l’écrit de manière beaucoup plus prosaïque Austin Kleon :

    Reading should feel a little subversive… because it is! To sit around and read a novel in the year 2025 is an act of resistance — you’re swimming against the current of the entire contemporary shitstream.

    La lecture devrait avoir un petit côté subversif… parce qu’elle l’est ! S’asseoir et lire un roman en 2025 est un acte de résistance — vous nagez à contre-courant de tout le flot de merde contemporain.

    (C’est pas du Ronsard, c’est de l’amerloque, chantait Nougaro !)


    Je vous laisse avec une photo d’une de mes chattes, prise il y a quelques minutes dans le jardin. Les chats, comme les livres, sont essentiels.

  • Parfaitement calme, mais vivant

    Petit exercice de Blackout Poetry, remis au goût du jour par Austin Kleon il y a quelques années. Amusant, non ?

  • Stumblin’ in

    Sous le ciel gris
    Un rire d’enfant résonne
    Un air qui me poursuit

    Chaque jour, tirer une carte du jeu Oblique Strategy, de Brian Eno et Peter Schmidt. Aujourd’hui : Ask your body.

    Demande à ton corps. Mon corps ne demande plus rien, sinon qu’on le laisse tranquille. À peine levé, le souffle court, l’humeur aussi, un peu à cran. Une chanson a trotté dans ma tête durant mes insomnies, à peine quelques mesures que je n’arrivais pas à identifier. 

    Mais, alors que le jour se levait à peine, la tasse de café chaud entre mes mains, les yeux peinant à s’ouvrir encore, tout m’est revenu. Le ciel est gris et lourd. On annonce de la pluie pour aujourd’hui, et ce weekend et toute la semaine prochaine. Peu m’importe : j’ai ma mélodie du bonheur, 3 min 59 s de soleil retrouvé, un peu moins de 4 min de joie simple. Tant pis si c’est trop court pour oublier le reste, j’ai la touche « replay » au bout des doigts !

  • Ravager le réel

    Ravager le réel

    Le fantastique suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager. Le moment venu, contrairement à toute possibilité ou vraisemblance sur la paroi la plus rassurante, comme jadis au monarque de Babylone apparaît la signature de phosphore. Alors vacillent les certitudes les mieux assises et l’épouvante s’installe. — Roger Caillois

    Belle surprise hier matin au marché de Quissac, une petite ville à quelques kilomètres de chez moi : coincé entre le boulanger et le stand de quincaillerie, un bouquiniste que je voyais pour la première fois. Un choix exigeant, d’anciennes éditions de classiques du surréalisme (du Breton, du Artaud), des titres des collections Bouquin ou Quarto, quelques grands formats d’Alia sur la musique, de nombreux ouvrages édités par Fata Morgana, une sélection d’essais engagés, sociaux et politiques, et même un peu de régionalisme.

    Mais ce qui a retenu immédiatement mon attention, ce sont ces deux beaux volumes parus chez Gallimard en 1966 (deuxième édition considérablement augmentée de celle de 1958), une anthologie du fantastique, dirigé par Roger Caillois, auteur que j’ai beaucoup lu à vingt ans, grand passeur de littérature sud-américaine en France (Borgès, Neruda, entre autres !), qui, comme beaucoup de ces auteurs qui ont cheminé avec le surréaliste avant de rompre définitivement avec lui, nous ont légué un héritage intellectuel souvent plus riche que les godillots du mouvement.

    En voici l’argumentaire :

    La présente anthologie réunit et confronte des récits fantastiques de terreur issus des différents pays du monde. Elle présente une anthologie de la peur imaginaire, un catalogue des motifs d’épouvante non point réels, mais inventés par l’homme, de toutes pièces, sans obligation, par plaisir. Pour admettre un récit dans le florilège maudit, l’auteur du recueil a exigé qu’il remplisse une condition nécessaire et suffisante, qu’il n’est pas inutile de formuler ici, non sans pléonasme, sous ses deux aspects complémentaires: la terreur doit être engendrée seulement par une intervention surnaturelle; l’intervention du surnaturel doit obligatoirement aboutir à un effet de terreur.

    Le tome 1 (600 pages) s’occupe de l’Angleterre, de l’Irlande, de l’Amérique du Nord, de l’Allemagne et des Flandres. Le tome 2 (640 pages !) est consacré à la France, l’Espagne, l’Italie, l’Amérique latine, Haïti, la Pologne, la Russie, la Finlande et l’Extrême-Orient.

    20€ les deux volumes, je n’ai pas hésité longtemps… À l’heure où le monde réel se révèle chaque jour un peu plus anxiogène, recourir au fantastique pour en ravager la solidité, voilà qui n’est pas pour me déplaire !