S’enfoncer dans la brume

Jeudi 24 octobre, 8h, près de Montpellier

Casser la routine

Comment, avec quelques accessoires à portée de mains, une bouteille d’eau, un miroir de poche ou des clés, on peut brouiller les pistes et rendre une photo originale et intrigante.
Christopher Anderson travaille ici avec un des derniers iPhone (il s’agit d’une vidéo promotionnelle pour Apple), mais les conseils qu’il prodigue peuvent s’appliquer, quel que soit l’appareil que vous avez entre vos mains.

Ce qui compte, ça n’est pas l’appareil, mais c’est votre perception, votre sensibilité : le regard que vous portez sur les choses.

Basic human emotions (regarder Rothko)

I’m interested only in expressing basic human emotions — tragedy, ecstasy, doom, and so on — and the fact that lots of people break down and cry when confronted with my pictures shows that I communicate those basic human emotions… The people who weep before my pictures are having the same religious experience I had when I painted them. And if you, as you say, are moved only by their color relationships, then you miss the point! »

La seule chose qui m’intéresse, c’est exprimer des émotions humaines fondamentales – la tragédie, l’extase, la fatalité, etc. – et le fait que beaucoup de gens s’effondrent et pleurent devant mes tableaux prouve que je sais communiquer ces émotions humaines fondamentales … Les personnes qui pleurent devant mes tableaux font la même expérience mystique que moi au moment de les peindre. Et si, comme vous le dites, vous n’êtes émus que par les relations de couleurs dans mes peintures, alors c’est que vous êtes passé à côté de l’essentiel ! »

 

Lundi 6 août 2018, 6h33, Santa Monica
(…) nous voilà enfin à Los Angeles. Dix heures passées serrés dans un siège, et on réalise que les années passent et nos corps vieillissent. Le temps de franchir les douanes, de récupérer nos valises, la voiture de location, et nous sommes à notre hôtel à 22h, heure locale, hier soir. Nous sortons presque aussitôt, et nous voilà bientôt les pieds dans l’eau sur la plage de Palisades Park.

Mardi 7 août, 8h30
Ballade hier downtown. Parti vers 9h30 en empruntant la ligne Expo/Metro. Nous traversons le fashion district, passant devant des boutiques qui raviraient les sapeurs (*). Des trucs sympas, élégants, excentriques et kitchs. On s’arrête et je discute un moment avec un vendeur, de tout et de rien. Puis Broadway sous une chaleur accablante, jusqu’au MoCA. Expo Brassaï / Goldin / Arbus : plutôt intéressant de regrouper ces trois-là ainsi. Je ne suis pas un grand fan de Nan Goldin, et pourtant, je suis scotché par la beauté de certains clichés. Et puis, ce sont les années 80 qui défilent devant son objectif, avec Jarmush, Haring et Warhol en invités surprises.
Le reste du musée est tout aussi intéressant, l’occasion de faire quelques photos, notamment dans la salle des Rothko, où le conservateur, son assistant et un photographe documentaient les toiles.
Mise en abime. Photographier le photographe qui fixe sur pellicule la toile peinte par Rothko. Basic human emotions : émotions humaines fondamentales. Expérience mystique. Communion. Tous ensemble absorbés par la majesté de l’oeuvre. Parce qu’il est profondément humain, l’art, à cet instant, est tout ce qui compte.


(*) les sapeurs : membres de la SAPE, la société des ambianceurs et des personnes élégantes.

Photo : au Museum of Contemporary Art, Los Angeles, Californie — lundi 6 août 2018
Citation : Mark Rothko, propos recueillis par Selden Rodman pour son livre Conversations with artists
Tableau de Mark Rothko, No.61 ( Rust and Blue ) [ Brown Blue, Brown on Blue ], 1953. 294 x 232.4 cm © Kate Rothko Prizel and Christopher Rothko/DACS 2019

Étoiles d’encre n°77/78 : La Cité

En librairie le 29 mars 2019, le nouveau numéro de la revue Étoiles d’encre s’articule autour du thème « la cité ».
J’y publie une photo, en illustration d’un très beau texte de mon amie Françoise Renaud.

Étoiles d’encre est diffusée et distribuée en librairie par Difpop/Pollen.

Voici la présentation qu’en donne la maison d’édition :

En choisissant ce thème sur la Cité, nous pensions simplement à des lieux où habiter, où être, des lieux comme d’ultimes demeures sous le soleil. Des lieux qui s’épanchent vers le ciel. Des lieux qui, ballottés par le temps immuable ou éphémère, accueillent nos subjectivités, nos rêves, nos corps et nos cœurs. De lieux que nous savions porteurs de stigmates et de rayonnement, des lieux qui, par cela-même, ressemblent à la vie.
Depuis les fabuleuses Cités de Mésopotamie et d’Égypte qui furent les premières — ou les premières parmi les premières — à connaître l’écriture et les modes de vie les plus raffinés, jusqu’à notre moderne et superbe Paris (et son Île de la Cité), qui a magnétisé tant d’artistes, accueilli et protégé tant d’œuvres, les Villes-Cités n’ont jamais cessé, partout dans le monde, de nous léguer un radieux témoignage de la force, de l’éternité de la création. Elles racontent ce que nous sommes.
Et aujourd’hui il ne nous était pas possible de ne pas évoquer les cités algériennes sur lesquelles souffle enfin un vent de liberté.

Edgar Morin nous parle longuement et avec son langage savoureux de son vécu dans le quartier du Marais à Paris, un quartier où il faisait bon vivre dans les années soixante entre petites gens et artistes, avant l’arrivée des promoteurs. Il nous raconte son désir d’un monde meilleur, plus écologique et plus égalitaire, ses recherches sur une voie qui serait une alternative au libéralisme insatiable.

Étoiles d’encre a invité deux artistes d’Algérie pour ce thème. Ryma Rezaiguia qui mène en parallèle son activité d’architecte et celle de plasticienne et Lamine Sakri dont la pratique artistique est tournée vers l’exploration de l’humain, son être et son environnement.

Viva Las Vegas


Las Vegas, 9 août 2018. Soleil de plomb. À midi, il n’y a plus personne dans les rues. Arrive cet homme. Le feu passe au rouge. Je porte l’appareil à mon oeil. Clic-clac. Une seule photo. Parfois, les choses se mettent en place sans effort. Viva Las Vegas !

Solitude


Cité de la musique, Paris — février 2019

le désir d’une ville

 

On a parfois le désir d’une ville. D’autre fois, cette ville paraît désespérée au point de nous en éloigner. Quand on traverse le désert en voiture, il y a toujours dans le lointain, posée sur l’horizon, un point précis, lieu fantasmé, qu’on devine sans jamais le rejoindre. Je roule depuis des heures. Ma tête est lourde : ici, les ciels d’été sont un enfer. Il me semble soudain me souvenir d’une femme que j’avais oubliée, du vent dans ses cheveux. Peut-être que je l’invente. Là, dans cette ville au loin, me dis-je, je pourrais m’arrêter. Là-bas, cette femme que j’invente peut-être, peut-être qu’elle m’attend. Lorsque je quitte enfin la route, le soir a fini par tomber. Dehors, des gens dansent dans les lumières scintillantes de la nuit. Ils dansent jusqu’au réveil des morts. Je les regarde faire, et je laisse faire le temps.


Le bref texte ci-dessus est extrait du roman en cours d’écriture.
Les photographies ont été prises, le 10 août 2018 pour la première, quelque part entre Kingman et Flagstaff, dans l’Arizona, et à New York, quelques jours plus tard, le 18 août 2018 pour la seconde.