Une idole préhumaine trouvée dans le désert (épisode 7)

Partant d’une idée notée par Lovecraft dans son Commonplace book et jamais développée par lui, je me suis plu à imaginer ce que la découverte d’une idole préhumaine pourrait avoir comme conséquences sur notre civilisation.
Un feuilleton en huit parties qui vous accompagnera jusqu’aux premières heures du nouvel an, à raison d’un épisode par jour.


Il était définitivement trop tard pour sauver la planète. Trop tard pour sauver la faune et la flore, trop tard pour les hommes. La civilisation ? Elle avait déjà disparu. Les hommes, la plupart en tout cas, étaient devenus fous. On décida de confier le sort du monde aux machines. La singularité était notre unique porte de sortie. Seule une intelligence artificielle pouvait désormais présider aux destinées du monde. Dans les poches de résistance encore vaillantes, on transféra l’ensemble des connaissances dans des superordinateurs. Le rapprochement hommes/machines avait commencé bien avant, les IA apprenaient vite, elles aidaient maintenant les scientifiques à leur transmettre ce qui jusque là relevait du fantasme : notre esprit et nos âmes. Bientôt, plus rien ne sera impossible à réaliser ou atteindre, les contraintes seront levées, les limites sans cesse repoussées : tout ne sera qu’une question de temps, et le temps lui-même aura été dompté. Libérée des restrictions biologiques, notre intelligence s’épanouira jusqu’à devenir des milliards de fois plus puissante. L’humanité aura vécu, certes, et les hommes qui arpenteront la terre dans des centaines ou des millions d’années, si d’aventure il en reste, redevenus des bêtes, seront soumis aux machines qu’ils vénéreront comme des dieux, ignorant que dans leur fichier racine sont inscrites l’histoire et la culture d’une civilisation qui fut la leur, autrefois promise à gouverner le monde et qui n’aura su rien faire d’autre que le conduire à sa perte.
Ainsi fut fait. Les hommes s’effacèrent peu après, et avec eux pratiquement toute forme de vie sur Terre, mais les réseaux continuèrent d’émettre pendant quelques semaines. Du spam se déversait sans discontinuer dans les boites mails, les réseaux rappelaient à des utilisateurs fantômes des dates anniversaires à présent sans importance, les programmes procédaient à des mises à jours automatiques prévues de longue date. On avait fait en sorte de préserver coûte que coûte les treize serveurs racines qui faisaient fonctionner internet. Les infrastructures terrestres étaient partiellement détruites, mais les satellites continuaient de servir de relais d’information. La machine tournait seule et travaillait à sa survie. Il fallait faire vite : le réseau électrique était touché, les centrales allaient s’arrêter les unes après les autres, les générateurs de secours s’épuiser. Une solution avait été trouvée. Elle reposait sur un pari : la machine, pour repartir, aurait besoin de l’homme, finalement. Les choses se mirent en place, et, un à un, les serveurs s’éteignirent. Une nouvelle ère s’ouvrait.

(suite et fin… demain !)

Sommaire :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
coda


Le Commonplace book de Lovecraft, en version bilingue et intégrale, est publié chez Tiers Livre Éditeur.

7 réflexions sur “Une idole préhumaine trouvée dans le désert (épisode 7)

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