Une idole préhumaine trouvée dans le désert (épisode 3)

Partant d’une idée notée par Lovecraft dans son Commonplace book et jamais développée par lui, je me suis plu à imaginer ce que la découverte d’une idole préhumaine pourrait avoir comme conséquences sur notre civilisation.
Un feuilleton en huit parties qui vous accompagnera jusqu’aux premières heures du nouvel an, à raison d’un épisode par jour.


Au troisième jour, sans que l’on sache pourquoi, les morts ressuscitèrent. Tous les morts, depuis le fond des âges jusqu’à aujourd’hui. Les plus anciens revenants moururent presque aussitôt, victimes des maladies nouvelles. Les plus jeunes, passé un moment d’hébètement, commencèrent à réclamer leur dû. Les revenants n’étaient pas des zombies, comme on s’était plu maintes fois à se l’imaginer. Non, ils étaient en tout point semblables aux autres hommes. Certes, leur peau était comme translucide, et on devinait, en les observant de près, les veines et muscles qui saillaient dessous. Mais à une certaine distance, rien ne permettait de les différencier des vivants.
En quelques heures, la population mondiale augmenta dans des proportions délirantes : on passa de 7,43 à 8,62 milliards en milieu de journée ; à 16 h, on estimait la population globale à 10 milliards. Se produisit alors un phénomène inattendu : des maladies qu’on croyait maîtrisées refirent leur apparition. La variole, la gale, la rougeole, la diphtérie, la poliomyélite, la rage se répandirent de par le monde. Les victimes se comptaient en millions. Statistiquement, les vivants mourraient plus vite que les revenants.
Lorsque le jour commença à décliner, les spécialistes, sans qu’on sache trop comment, estimaient la population mondiale revenue au niveau de l’année 1975 : 4 061 milliards. Selon certaines projections, les heures qui allaient suivre verraient la chute se poursuivre, pour atteindre dans la nuit 2,5 milliards, et le jour suivant 1,7 milliard, le niveau de population mondiale de 1900. L’extinction de l’espèce humaine était en marche.
Mais plus vite encore que les maladies, les rumeurs se propageaient, semant la mort et la désolation. Le monde livré au chaos, les états vacillants, les polices et les armées débordées, la seule source d’information venait des prédicateurs autoproclamés qui se multipliaient sur internet, et les discours les plus délirants trouvaient un vaste écho dans les populations. On vénérait des pseudo-représentations de l’idole préhumaine que des charlatans vendaient à prix d’or, des faux grossiers fabriqués à la hâte, dont on promettait aux plus naïfs qu’ils leur assureraient pardon et protection. Partout, dans le même temps, on massacrait, sans distinction, les vivants et les revenants, on brûlait les corps et les habitations. Ceux qui gardaient encore un peu de sens édifièrent des fortifications imprenables, mais la folie gagnait parfois aussi à l’intérieur, et nul ne sait les abominations que recouvraient les cris déchirants entendus depuis l’extérieur.

(la suite… demain !)

Sommaire :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
coda


Le Commonplace book de Lovecraft, en version bilingue et intégrale, est publié chez Tiers Livre Éditeur.

8 réflexions sur “Une idole préhumaine trouvée dans le désert (épisode 3)

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